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  • : Blog consacré aux Rickshaw Wallahs et relayant un voyage Dhaka-Delhi à vélo-rickshaw (oct 2008-mars 2009)
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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 23:59

Vous trouverez ici une rubrique consacrée aux Rickshaw Wallahs et à leurs conditions de vie. Par le biais de Nouvelles, vous découvrirez leur quotidien..  Ces nouvelles ont été écrites par différents voyageurs qui souhaitent témoigner de la condition de ces hommes.  

Si vous aussi vous souhaitez participer à cette rubrique en évoquant vos rencontres avec les Rickshaw Wallahs, des hommes qui vous ont étonné par leur courage, leur dignité, leur abnégation, n’hésitez pas à me contacter. Vos témoignages seront mis en ligne. C’est aussi là le sens de ce blog.


Jean-Louis
 

 
1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:06

A Bénarès, il est une rue qui descend doucement en serpentant,
Une artère où se répète chaque jour un événement extraordinaire.
Le soir venu, à l'heure où la nuit se pose, où la lumière des échoppes
Fait briller bracelets, pans de soie, et ustensiles variés,
Les habitants de la cité rentrent chez eux, empruntant
Les nombreux rickshaws qui descendent le long de cette avenue.
Les vélo-rickshaws de Bénarès ont une particularité étonnante,
Une sonnette placée sur la roue qui, par l'effet des rayons venant la frapper,
Produit quand on l'active une sonnerie continue et harmonieuse.
Du flot incessant des conducteurs de rickshaws avertissant de leur présence
Se répandait alors un carillon qui inondait la nuit de sa pureté,
Et remplissait la rue d'une atmosphère sonore féerique à nulle autre pareille.
Là, dans cette rue tout près du Gange sacré,
Des hommes simples, parmi les plus pauvres,
Nous offraient par le simple fait de pédaler
Une nuée de sons, cascades et tintinnabulements,
Composant une symphonie
Dont la splendeur ravive encore aujourd'hui ma mémoire endormie.
La musique céleste des rickshaws-wallahs de Bénarès. 

Alain Joly

Retrouvez Alain sur http://perso.orange.fr/alainjoly1 
Une évocation personnelle de l'Inde à travers textes, photos et poèmes,fruit de 20 années de passion pour ce pays depuis son 1er voyage. Un site incontournable.
Incontournable aussi pour ses nombreux sites liens mentionnés en rapport avec l'Inde.
  
1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:05
« Le métier n’a plus d’avenir. La concurrence des autorickshaws marquent le glas de ces êtres dépenaillés, maigres alcooliques et fatigués que sont les drivers de rickshaws. Pour quelques roupies de plus ils vous mènent plus rapidement ou vous le souhaitez. Pondichery compte aujourd’hui près de 15 OOO de ces rickshaws motorisés contre une dizaine de milliers de rickshaws vélos. Ces derniers, malgré leurs faibles moyens tentent pourtant de se fédérer afin de lutter efficacement contre leurs ennemis presque héréditaires. Les drivers d’autorickshaw empiètent allègrement sur le territoire de Sekar récupérant par exemple nombre de clients sortant du restaurant sans que personne ne puisse légalement intervenir.   Le groupe de Sekar a consulté un avocat au conseil avisé, semble t-il. Il suffit de placer une borne sur la chaussée matérialisant leur aire de prises en charges. De fait un autorickshaw chargeant un client à cet endroit serait en infraction, sauf dans le cas ou aucun rickshaw ne serait présent. Sekar et son groupe ont lancé une pétition auprès de leurs habitués afin de récolter les 1000 rupees nécessaires à une telle opération. Dans la tirelire déjà 400 rupees, un donateur anonyme ayant décidé de régler le solde. Les rickshaws retrouvent le sourire, d’autant que les sœurs, propriétaires du bout de trottoir servant de base au groupe, acceptent sans problèmes l’installation d’un tel panneau. Déterminante, la solidarité du groupe permet la réalisation d’un projet dont la finalité était loin d’être acquise. Tous hors castes, ces aridjan (nom donné aux intouchables par Ghandi, littéralement « les enfants de dieux ») s’organisent hors syndicats, afin de préserver leur gagne pain. Une belle leçon de ténacité symbolisée par l’inauguration très simple de la borne, un soir de février…. »
 
Didier
 
 « Un autre regard sur l’Inde »…
Un tout autre regard sur ce pays, loin des clichés. Vous partirez avec Didier à la rencontre authentique de « personnages anonymes mais attachants » .
Un incontournable
 
Vous trouverez aussi les photos de Didier, ses créations graphiques, ses expositions, etc sur http://www.imagoadgraphicum.com
 
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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:04
Une case humble 
 
« Dans son quartier de Vandrapet en périphérie de Pondy, Sekar dispose d’un terrain de 25 mètres carrés. Il a offert la moitié de cette surface à sa sœur et sa famille afin qu’ils puissent bâtir leur case et vivre à l’abri. Même dans les couches les plus malheureuses de la population, la solidarité familiale reste forte. Son espace vitale se résume donc à un peu plus de 12 mètres sur lesquelles ils vivent à 5. L’an dernier, l’un de ses clients étrangers, lui a fait parvenir 200 euros, somme en partie utilisée pour couler la chape de ciment isolant l’intérieur des remontées d’humidité. Cette année il espère un autre don, plus modeste mais suffisant pour changer les murs en feuilles de cocotier détériorés, au gré des saisons, par 5 ans de soleil ardent et de pluies diluviennes. Sekar vit continuellement dans l’incertitude du lendemain. La case très humble, n’en reste pas moins propre et arrangée avec rationalisme. Dans le quartier, il est connu pour être un gars honnête et travailleur, mais le soir venu il me confie que beaucoup de problèmes surgissent dans les ruelles entre voisins et se règlent toujours par de violentes bagarres à la hauteur de l’alcool ingurgité. La police intervient régulièrement ici, toujours en nombre. 

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Les forces de l’ordre ne prennent aucun risque, tant Davidpet reste à la hauteur de sa réputation. Les choses évoluent doucement pourtant. Dans quelques jours l’accès principal sera entièrement bitumé et quelques ruelles bétonnées. (l’approche des élections semblent être à l’origine de cette bonne nouvelle pour les gens du quartier). De plus Sekar a un motif de satisfaction supplémentaire…Bientôt, l’eau arrivera devant sa porte, via un simple robinet, mais finies les corvées d’eau pour sa femme. Un luxe presque inimaginable dans ces cités populaires ou les femmes parcourent des centaines de mètres avec leurs récipients afin de ramener le précieux liquide à la maison. Les conditions de vie semblent donc légèrement s’améliorer, de quoi redonner du dynamisme à Sekar,
Mais très lucide, il n’en garde pas moins la têtes sur les épaules…il sait que le mot espoir n’est plus dans son vocabulaire…. »

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Propriété
 
« Sekar, comme de très nombreux aridjan (paria), dispose d’un acte de propriété pour un terrain sur lequel il a installé sa case faite de torchis et couverte, en guise de toiture, de feuilles de cocotiers séchées. Pas d’eau, un branchement sauvage pour l’électricité, alimentant une ampoule et une prise, une dalle en ciment sur le sol…le strict minimum, mais au moins l’assurance de dormir à l’abri du regard des autres. Ces actes de propriétés (pata) ont été délivré gratuitement dans les années 80 par le gouvernement central de Dehli afin de centraliser les millions de pauvres errants dans les rue des grandes villes. Les terrains octroyés se situent toujours dans des zones insalubres, impropres à toutes cultures. Agglutinés en périphérie des centres urbains, ces bidonvilles s’étendent parfois à perte de vue. Le pata a valeur juridique sauf quand l’état décide de déloger des centaines de familles pour établir sur ces terres des infrastructures de génie civile ou routières. Les bulldozers détruisent en quelques minute ce que certains ont mis 20 ans à bâtir… Les aridjan se verront octroyer de nouveaux pata sur des terrains situés à plus de 20 kms . Sekar a vécu dans l’incertitude de nombreux mois durant, mais aujourd’hui il respire. Lui et sa famille évitent l’expropriation régie par cette oukase. ( récupération des terrains par les pouvoirs publiques afin d’augmenter la capacité de la gare ferroviaire). »
 
Didier 

« Un autre regard sur l’Inde »…
Un tout autre regard sur ce pays, loin des clichés. 
Vous partirez avec Didier
à la rencontre authentique de « personnages anonymes mais attachants » .
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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:03
« 13 ans déjà qu’il sillonne les rues de Pondichery. 13 ans qu’il trimballe le client au gré de son besoin, de son envie, de sa fantaisie. 13 ans qu’il s’éreinte à tirer son rickshaw ( prononcez rickcha) pour de la roupie de sansonnet. Monté sur 2 jambes maigres mais aux muscles noueux, il enchaîne les quotidiens sans espoir de lendemains qui chantent. Pourtant il accueille les gens avec l’expression de ce visage si particulier, fait de gentillesse, de mélancolie et d’attention. Marié, 3 filles encore jeunes, Sekar n’a pas d’espérance.
 
LA BANDE DE SUFFREN STREET
 
Depuis plusieurs années, Sekar et ses copains contrôlent un bout de trottoir à l’angle des rues Bussy et Suffren, à hauteur du Rendez-Vous, restaurant haut de gamme de la ville blanche. Ils règnent sur un territoire de quelques pâtés de maisons étroitement protégés afin d’éjecter la moindre concurrence. Emplacement stratégique, ils chargent autant de locaux que d’étrangers, dont la course est systématiquement majorée de 5 à 20 rupees. (Prix normal d’une course en ville, 15 rupees). Les bons jours le chiffre d’affaire atteint 100 rupees ( 2 euros) salaire de 15 à 16 heures de travail. Sekar escompte toujours un petit pourboire . Il ne réclame jamais, comme le font certains, mais ne se fait plus d’illusions sur les largesses supposées des voyageurs blancs, usant du rickshaw comme d’un souvenir exotique. Parfois le temps s’égrène sans âme qui vive, pas même un habitué. Alors il faut emprunter les 15 rupees nécessaire à la location journalière de l’outil de travail. A 7000 rupees le rickshaw, peu espèrent devenir propriétaires.
Sekar a débuté en solo sur celui de son père… très vite revendu ( 3000 rupees) pour financer la réfection de la toiture de sa maison. Aujourd’hui il rame dur en pédalant pour tenter de remplir les feuilles de bananier de sa petite famille, le soir venu. Chapatis, poori, parota et riz, le menu traditionnel mais jamais garanti.
Chevreaux, poulets et poissons relèvent plus de l’utopie que de la réalité. Mauvaise alimentation et efforts intenses, la pauvre recette de l’extrême fragilité de ces hommes, méprisés par leurs contemporains notamment des pouvoirs publics et des drivers d’autorickshaw. Un mépris encaissé avec un fatalisme teinté de soumission. 

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DES…ESPOIRS.
 
Livrés à eux-mêmes sans réelle législation les protégeant, les rickshawmens noient leur désespoirs dans l’arak, un alcool très bon marché et de mauvaise qualité. L’alcoolisme touche la totalité de leur corporation. Le seul moyen d’après Sekar, de tenir et d’oublier un peu leur condition. De plus, la drogue joue un rôle non négligeable dans leur vie. Pas mal en usent, d’autres en vendent, (souvent les deux) de quoi arrondir les fins de mois de quelques roupies supplémentaires. Sekar pratique le deal a la sauvette et prends ces quelques rupees de commission. Pas de quoi ajouter des protéines dans les lipides, mais d’acheter peut-être, un nouveau tissu a sa fille ou à sa femme. Malgré ces dénégations il semblerait qu’il use régulièrement de psychotropes plus puissants que l’arak. Il n’est pas rare de le croiser dans les rues de la ville ou il dégage, parfois, certains troubles fonctionnels. Sur le long terme, tous reconnaissent l’utilisation de substances afin de tenir la cadence. Les courses moins nombreuses, le métier périclite. Sekar se bat malgré tout avec en ligne de mire l’envie de voir ses filles faire des études, décrocher un job de fonctionnaire et s’installer dans des quartiers plus tranquilles. Très réaliste il n’a pas d’autres ambitions.
Au delà de l’avenir de ses filles, l’ inquiétude majeure reste la maladie. Bloqué dans sa hutte et c’est une journée voire plusieurs sans revenus. Une calamité, même si l’aide sociale, encore balbutiante en Inde, lui octroi une carte de gratuité pour les aliments de base, riz sucre et huile.
Sekar, conscient de la grande précarité de son statut, envisage avec ses camarades, un recyclage dans les métiers du bâtiment, secteur d’activité très physique, mais en pleine expansion. Ce phénomène a déjà affecté Fort-Cochin dans le Kérala, ou plus un seul rickshaw ne parcourt la ville, écrasé par la suprématie de la concurrence. Beaucoup de rickshawmens se sont tournés vers d’autres activités, moins lucratives parfois, c’est peu dire, mais ils n’ont pas d’autres choix. (1)

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23 ans, handicapé de la jambe gauche (tendon sectionné lors d’une rixe dans son quartier), toujours à la recherche des rupees manquantes pour boucler la journée ou réaliser des travaux prioritaires dans sa case, dédaigné par beaucoup de ses contemporains, alcoolique et drogué, pauvre et sans espérances, Sekar rentre la tête dans le guidon et traverse son karma à la vitesse d’un vélo couinant et usé jusqu’à la corde, rayonnant de courage dans ce travail de taxi aux abois. Une magnifique leçon d’humilité pour n’importe quel étranger prenant le temps d’observer la vie, dans ce pays pas tout à fait comme les autres. Une façon de remettre ses propres pendules à l’heures ». 
 
Didier
 
     Portrait : « Hamsa le colporteur »
 
« Un autre regard sur l’Inde »…
Un tout autre regard sur ce pays, loin des clichés. 
Vous partirez avec Didier
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Vous trouverez aussi les photos de Didier, ses expositions, ses créations graphiques ...  sur http://www.imagoadgraphicum.com
 
1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:02
«Août 1989

Une ville, en Inde

Ce matin, le
Rickshaw Wallah
attend comme chaque jour le bus de 11 heures en provenance de Jaipur. Une
centaine de passagers en descendent quotidiennement.

Autant de clients potentiels.

La gare routière est en périphérie, et il faut alors parfois conduire les voyageurs à l’autre bout de la ville. Une longue course certes. Mais la recette est là. Assurée.
Et puis, dans ce bus, bien souvent, il y a des touristes étrangers. C’est une ligne qu’ils prennent fréquemment. Et la garantie alors pour un petit extra. Un supplément de prix pour la course. Il n’y a rien d’anormal à ça.
 
Il sait bien que le bus a souvent du retard. Mais il préfère toujours arriver quelques minutes en avance. On ne sait jamais. Dans ce pays, tout est imprévisible. Et même un car peut avoir de l’avance sur l’horaire prévu. Et si c’était le cas, et qu’il n’était pas là à l’arrivée des voyageurs, adieu la course qui fait recette.
Il est 11 heures. Le bus n’est pas arrivé. Il a du retard ce matin encore.
 
11 h 25. Des grands coups de klaxon enfin. C’est le bus de Jaipur qui avertit de son arrivée. Il s’engage sur le parking de la gare routière. Comme chaque jour alors, dans un chahut indescriptible, un attroupement se forme rapidement au milieu des cris autour du car encore en mouvement. Il y a là les rabatteurs d’hôtel, de restaurant, d’autres Rickshaw Wallahs aussi, les vendeurs de bananes, de chai, les cireurs de chaussures. Il y a là aussi deux vaches qui entravent le passage et qu’il faut vite faire dégager. Pour ça c’est jeu d’enfant, parce que face à ce vacarme, à ce tintamarre, elles s’en vont sur le champ, et en galopant. Instinct de survie peut-être.
Le bus stoppe enfin. Le chauffeur arrête le moteur. Il faut alors pour chacun jouer des coudes et s’approcher de la sortie du bus. Des cris, des hurlements, du tapage, des braillements, des coups de sifflets, chacun y va de son registre pour attirer l’attention.
Attirer l’attention. Le maître mot. Attirer l’attention à soi d’un passager, et c’est presque une course de rickshaw assurée, un chai de vendu, un régime de bananes écoulé, des chaussures de cirées.
 
Il voit un jeune couple de touristes étrangers. Il tape à leurs vitres. Ils se retournent instinctivement, leur sourit. Il ne les quittent plus des yeux. Les jeunes gens se lèvent lentement de leur siège et regroupent leurs bagages. Imperturbables. Comme si de rien n’était. Ils bavardent entre eux, regardent ailleurs, devant, derrière, au plafond même, mais pas du coté des vitres. Ils pourraient croiser son regard…
 
Le pauvre homme est parvenu avec effort à se frayer un chemin jusqu’aux portes de sortie du bus. Il attend le jeune couple. Les passagers commencent à descendre. C’est au tour des jeunes gens.
“- Come, come “
Le Rickshaw Wallah joue encore des coudes, et d’un geste cherche à s’emparer de leurs bagages et s’adresse à eux
« - Come, come, no problem ».
Tout le monde dit ça ici. Ce sont les seuls mots d’anglais qu’il connaît.
Dans de grandes gesticulations, il leur fait comprendre qu’il veut les emmener tous les deux avec leurs bagages.
Le jeune couple reste dubitatif.
Il leur faut pourtant bien sortir de cet attroupement.
“ - No, it’s ok. We need nothing. And we have too big baggages. They are too heavy for you. We can’t go with you.”
Il ne comprend pas. Que disent-ils. Bien sûr qu’il reconnaît la consonance. C’est de l’anglais sans doute. Et puis les touristes étrangers ne parlent qu’anglais. 
“ Come, come, no problem “
Le Rickshaw Wallah talonne le jeune couple qui cherche à s’extraire au plus vite avec leurs bagages de cet attroupement hétéroclite. Ils poussent des coudes eux aussi .
-“ Come, come, no problem. Come, C...
- NO, IT’S OK ! WE NEED NOTHING !
NOTHING !
DO YOU UNDERSTAND ! ?
NOTHING !
OK ! ?
 
L’ homme s’arrête alors brutalement. Il laisse s’éloigner les jeunes gens qui s’approchent alors d’un motor rickshaw. Il les voit converser avec le conducteur. Puis le jeune couple se glisse dans le triporteur jaune et noir qui démarre et s’en va.
 
Se faire agresser, verbalement, c’est son lot quotidien. Ce n’est même plus ça, ce qui le fige.
Non, il ne comprend pas.
Il aurait pu faire la course. Sans soucis. Deux personnes, des bagages. Ce poids là, c’est son lot quotidien aussi.
Est-ce la honte de se faire transporter ainsi par un homme au profil si frêle ? Est-ce la crainte de sa propre conscience ? Est-ce la pitié ? Est-ce L’arrogance ?
Il ne sait pas.
Je ne sais pas.
Il sait qu’une course vient de lui échapper, une course qui aurait pu faire recette : les hôtels sont à l’autre bout de la ville.
J’ai vu et revu cette scène combien de fois… »
 
Jean-Louis

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 00:01

« Delhi septembre 2005

   Me voilà donc arrivé à Pahar Ganj. Cinq cents mètres ? Mille mètres peut-être parcourus? Je ne sais pas. J’ai du mal à apprécier les distances au milieu de cette circulation si dense.
Je sors mon porte monnaie et cherche mon billet de cinq roupies. Cinq roupies ! Pas même dix centimes d’Euro ! No comment. Et dire que je paie là peut-être deux fois le prix que le Rickshaw-Wallah fait payer à ses concitoyens. Je suis touriste. C’est peut-être deux fois le prix mais tout ça ça reste à 5 roupies, et le mot « marchandage » devient alors indécent.
   
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Dommage. Dommage de ne pas parler hindi quand même. J’aurai demandé au Rickshaw-Wallah s’il était natif de Delhi. Il m’aurait probablement répondu que non, qu’ il est originaire d’un de ces villages pauvres de l’Inde. Je ne sais pas. J’imagine juste. Comme beaucoup, j’imagine qu’il a dû venir lui aussi ici à la Capitale, avec plein d’espoirs, plein de rêves et d’illusions pour une vie meilleure. On le sait bien, La Capitale, ça ne peut offrir que le Bonheur. Sûr de ça, lui, nous, d’autres encore. Comme beaucoup. Comme beaucoup, il a dû se trouver bien seul en descendant du bus ou du train, au milieu de ces hurlements, de ce vacarme assourdissant, de cette circulation effrayante, de cette foule effarante. L’Inde, Delhi entre autre, ça « secoue » dit-on souvent. Pour nous autres touristes qui y débarquons pour la première fois. Mais sans doute plus encore pour un paysan indien qui arrive à Delhi depuis son village, un village de quelques âmes seulement bien souvent, dont la journée s’organise au rythme du bétail qu’il faut conduire au champ ou du blé qu’il faut aller faner. Ici à Delhi, rien de tout ça, rien de semblable. Explosée en plein vol la nature qui rythme la journée, anéanti l’espace-temps volé au soleil, au vent et à la pluie. Les éléments se désintègrent ici dans une pollution urbaine sonore et olfactive anéantissante.
Alors comme beaucoup aussi, il a dû déchanter. Combien de temps se raccrochera-t-il, ou s’est-il raccroché, à ses illusions pour lesquelles il a sans doute tout quitté, son village, sa femme ses enfants ses parents. Je lui aurai demandé tout ça.
 
Je ne sais pas. J’imagine juste. Au gré de ce que j’ai pu lire et avoir appris sur le sort de ces Rickshaw-Wallahs.
Il parle hindi, il ne parle pas anglais. A quoi bon l’anglais dans de telles circonstances.
Je ne parle pas hindi.
Dommage. C’est bien dommage.
Je lui aurai demandé s’il est marié, s’il a des enfants.
Je lui aurai demandé depuis combien de temps il fait ce travail.
Je lui aurai demandé combien de kilomètres il fait chaque jour.
Je lui aurai demandé s’il est propriétaire de son rickshaw ou bien s’il le loue comme bon nombre de ses congénères.
Je lui aurai demandé si c’était lui qui avait réalisé ces peintures flamboyantes sur les garde-boues de son rickshaw. Elles sont très « indiennes » j’allais dire. Je les trouve belles.
 
Je lui aurai aussi demandé où il va dormir ce soir, ce qu’il va manger. Peut-être du reste que ce soir, il ne mangera pas. Quelques coupe-faims tout au long de la journée, et ça fera bien l’affaire. Quant à dormir, il ira peut-être garer son rickshaw sur un trottoir quelconque de Delhi et s’assoupira quelques heures, allongé en équilibre. On en voit beaucoup ainsi. Peut-on seulement parler de dormir dans des circonstances pareilles. Sans toit, sans abri, sans nulle part où aller, sans nulle part où aller pour prendre cinq minutes avec soi-même. Sans chez-soi.
Ou bien peut-être a-t-il au moins la chance, lui, de trouver refuge auprès de ces baraquements mis parfois à disposition des Rickshaw-Wallahs par les propriétaires de rickshaws. Je ne sais pas.. Y trouve-t-on pour autant le sommeil profond quand toute la journée on a pédalé dans une circulation effrénée, jusqu’à l’épuisement parfois, par 40°, dans une atmosphère polluée et irritante.
 
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Demain, il repartira sans doute pour ses tournées, transportera peut-être encore d’autres touristes, comme moi. Peut-être que eux, au moins, ils bafouilleront quelques mots hindi. Peut-être que eux, ils lui demanderont tout ce que je n’ai pas pu lui demander, ils s’intéresseront à lui, à sa vie.
 
En attendant, on va toujours aller boire un chaï ensemble. S’il le veut. Ok, ça ne changera rien à son sort. Mais je peux croire que ce sera peut-être pour lui toujours ça de pris.
Ca de pris.
Et quoiqu’il en soit, par des sourires des regards des « gesticulations » aussi, on finira bien par échanger, par nous comprendre.
Pas assez sans doute pour que j’apprenne de lui comment il me perçoit. Dommage. Ca aurait été là une autre histoire, bien enrichissante pour moi. »
 
Jean-Louis
 
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