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  • : Blog consacré aux Rickshaw Wallahs et relayant un voyage Dhaka-Delhi à vélo-rickshaw (oct 2008-mars 2009)
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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:27

Il est 18 heures. Je viens d’arriver à Chundura. Les affaires posées à l’hôtel, je m’en vais à la découverte de la ville. Je vais au hasard, me laisse conduire par les sens et la curiosité. J’entends de la musique. Le rythme est saccadé. Les sonorités sont métalliques. Des cymbales, des cloches. Je ne sais. Elles m’invitent, m’attirent. Je les suis. J’arrive sur le lieu d’une cérémonie. En bordure de rue, près d’un arbre, une plateforme cimentée. Un petit bâti de pierre le borde. A l’intérieur, une statue. Au pied de l’arbre, quelques tableaux de divinités hindoues sont adossés au tronc. Une toiture métallique s’est inscrite dans les branches de l’arbre et couvre l’espace religieux. Un jeune brahman officie sur quelques mètres carrés. Une barrière métallique lui délimite son espace. Devant le portillon de la barrière, quelques effigies et statuettes reposent sur une pierre. A proximité, des bâtons d’encens s’étalent sur un plateau de bois. Sur un tabouret, une corbeille d’osier. A l’intérieur, quelques pièces, paisas et roupies.

Accrochée à la toiture, une cloche. Une personne, le bras levé, l’agite. Il la fait résonner au rythme des percussions que jouent deux musiciens. L’un tient des petites cymbales, l’autre joue d’un tambour reposant au sol. Le jeune brahman fait virevolter des bâtonnets d’encens qu’il tient dans la main. Il se dirige face à l’arbre, puis se recule, se tourne vers la statue, parfois vers l’assistance. Il se saisit d’une sorte d’épouvantail et procède au même rituel. Il ne dit mot. Le cérémonial est gestuel.

Des vaches vont et viennent à proximité. Elles mangent nonchalamment leur paille. Des gens bavardent entre eux. Les bus et les autos circulent. Klaxons et musiques complètent l’ambiance sonore du lieu.

Une vingtaine de personnes assistent à la cérémonie. Ils se tiennent en dehors de la plateforme. Une femme porte son enfant sur les bras. Il a l’air songeur, les yeux dans le vague. Il a 3 ou 4 ans. Une jeune fille, la douzaine d’années se joint à la cérémonie. Deux jeunes garçons s’arrêtent à moto. Le passager en descend, s’approche de la plateforme. Il retire ses chaussures, avance d’un pas au bord du béton. Le conducteur est resté au guidon.  L’un et l’autre joignent leurs mains dans un geste de recueillement, les portent à leur front. Ils portent un signe à leur visage, abaissent leurs mains vers leur cœur. Le passager reprend ses chaussures, remonte sur le deux roues. Le deux roues s’en va.

Un adolescent arrive à vélo. Il en descend précipitamment, béquille son vélo. Il s’approche, se penche vers la boite à encens, se saisit de quelques bâtonnets. Il se redresse, regarde fixement la statue et fait virevolter son encens quelques secondes. Il les repose ensuite, fait demi-tour, regagne son vélo et repart.

Un brahman, âgé, tout de rouge vêtu, bavarde avec un homme sur le coté de la plateforme. Il est assis sur une table basse de bois. De temps à autre, il se lève, s’approche de la corbeille, semble compter les roupies, et s’en retourne s’asseoir.

Un homme dévie de son chemin. Il s’approche de la plateforme. Il retire ses chaussures, fait un pas en avant. Il joint les mains dans un geste de recueillement, semble balbutier quelques mots entre ses lèvres, regarde fixement vers le temple. Il baisse les yeux, cherche ses chaussures, les reprend et s’en va.

Un autre homme s’approche. Il échange quelques mots avec le jeune homme qui officie à la cloche. Celui-ci se recule de quelques pas. Il lui cède la place. L’homme se met rapidement dans le rythme des deux autres musiciens. Quelques minutes s’écoulent. Il se tourne vers le jeune homme. Celui-ci reprend de son service. L’homme s’en va.

Le jeune brahman se saisit d’une conque, souffle dans le « coquillage » de longues secondes. Il s’arrête  promptement. Les musiciens stoppent aussitôt. C’est la fin de la puja.

Les personnes reprennent leurs chaussures, et s’en vont…

 

Jean-Louis

(à suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:25

Partie 1

Je gagne le temple. Je me déchausse, et suis les pèlerins. Je pénètre dans une courre bordée de trois bâtis. Face à moi, l’entrée du temple. Je monte deux ou trois marches, entre dans une grande salle de 20 m par 40 env. Sur ma droite, une scène occupe la largeur de la pièce. Douze grandes statues toisent du regard les pèlerins. Au centre, Rada et Krishna. A leurs cotés, dix jeunes filles. Ce sont des bergères. Krishna joue de la flûte.

D’imposants lustres, de verre ou de cristal, éclairent la salle au plafond rampant. L’assistance est indienne. Quelques rares « étrangers »  sont décimés dans la foule des pèlerins (1). Je reste là quelques instants à observer les uns, les autres, la salle aussi. J’entends de la musique. Elle m’invite. Je fais quelques pas, et pénètre dans une seconde salle aux dimensions similaires. Sur ma droite, en fond de salle, sur une scène, cinq personnages aux masques dorés vêtus de couleurs vives. Aux pieds des grandes statues, des tableaux de divinités hindoues, des fleurs, des noix de coco, des fruits aussi me semble-t-il. Sur la droite de la scène, écrit sur toute la hauteur du mur :

« Please chant

Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare

And be happy »

Le cérémonial a commencé. Une corde tendue délimite un espace réservé à quelques prêtres ou pèlerins. Je ne sais. Je ne sais qui sont ces gens au juste. Ils sont pour la plupart vêtus d’une tenue orange claire ou blanche crème. Certains portent des tikas d’argile au front à l’effigie de leur « école ». Une personne veille au passage des personnes « accréditées » à pénétrer dans la zone. Le groupe de « musique » se tient dans cette partie. Un chanteur est accompagné de quelques musiciens. Ils jouent percussions et petites cymbales.

Le rythme des chants est lent, lancinent. Certains pèlerins dansent et balancent leur corps, lentement, lourdement, de gauche à droite, pied droit, de droite à gauche, pied gauche, tel un pendule. Certains ont les bras tendus, ouverts vers le plafond. Ou vers le ciel. Ou vers Krishna. Je ne sais. Les danseurs reprennent en chœur les paroles du chanteur. Parfois, celui-ci tend le micro à ses musiciens qui y vont de leurs voix.

Sur scène, un « prêtre » tient à la main un encensoir. Quelques nuages de fumée s’en élèvent. Il le fait tourner, face aux statues. Le mouvement est lent, rigoureusement circulaire, régulier. Il se saisit ensuite d’une sorte de plumeau épais qu’il agite dans un même mouvement circulaire. Des épisodes de la cérémonie m’échappent. Il y a tant à voir, tant à observer. Je me tiens en retrait, près de la corde. Un « prêtre » tient un chandelier pyramidal. Une trentaine, peut-être, de petites flammes y scintillent. Le « prêtre » va à l’assistance. Il tend le chandelier aux pèlerins. Ceux-ci se bousculent, affleurent les flammes avec leurs mains, les portent à leur front ensuite. Peu après, un deuxième « prête » s’approche. Il tient une sorte d’encensoir. Une flamme conséquente s’en élève. Même rituel. Quelques secondes après, je reçois des gouttes d’eau sur le visage. Je me tourne. Un « prêtre » va. Dans une main un petit récipient d’eau. De l’autre, une sorte de cuillère. Il la plonge dans le récipient, la retire, et d’un geste brusque, projette le contenu sur les pèlerins.

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Le rythme s’accélère progressivement. Les « danseurs » s’adaptent alors aux rythmes différents. Ils chantent aussi, toujours, reprennent en chœur les paroles du chanteur, toujours. Ils font plusieurs pas dans un sens, tournent sur eux, plusieurs pas dans un autre, tournent sur eux, plusieurs pas dans un sens, tournent sur eux… Ce mouvement s’accélère, s’accélère encore. Les « danseurs » se rangent alors par colonne. Le mouvement devient chorégraphique. Le rythme s’accélère encore plus. La chorégraphie d’ensemble craquelle. Encore plus. Elle se fendille. Encore plus encore. Elle se désagrège alors. Chacun des danseurs s’agite alors dans une danse solitaire « endiablée »…

Le rythme ralentit subitement…

? ? ? ?

Les musiciens se déplacent dans le temple, vont d’une salle à l’autre. Certains danseurs, certains pèlerins les accompagnent. Ils avancent en se tenant la main, lancent leur jambe droite en avant, puis leur jambe gauche en avant. L’ensemble tient de la farandole. Les pèlerins restés immobiles, les accompagnent de leurs voix, de leurs chœurs. Des enfants sont portés sur les épaules de leurs pères. Ils frappent des mains,  lancent eux aussi leurs bras vers le ciel. Les gens semblent heureux, festifs.

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Le chanteur cesse de chanter. Il demande aux pèlerins de lever leurs bras. Au signal, ils balanceront leurs bras à droite, puis à gauche, puis encore à droite, puis encore à gauche…et ce de plus en plus rapidement. Il leur fait reprendre en chœur le « Please chant and be happy ».  La répétition est concluante. On peut « y aller ».

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Les gens chantent et sont heureux…

Le « Please chant and be happy » Est. C’’est certain…

 

 

Partie 2

Il est 21 heures. Je m’en retourne au temple. J’entends sur le chemin des chants. Je prête l’oreille, tourne à droite. Je suis la musique. Ce n’est pas la direction du temple.  Je sais. Tant pis.

« Har… »

« Hare Krish… »

« Hare Krishna… »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare  »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

« Hare Krishna

Hare Krishna

Krishna  Krishna

Hare Hare

Hare Rama

Hare Rama

Rama Rama

Hare Hare »

Deux hommes chantent. Une voie est indienne, l’autre « occidentale ». Des cymbales accompagnent. Il me semble entendre une guitare aussi. Le chant d’ensemble est pur, limpide. «Minimaliste». Beau. Simplement Beau. Je reste là de longues minutes…Mes pensées s'en vont...

...
? ? ? ? ! ! ! !

Est-ce la nuit ? Est-ce le chant ? Des yeux se mouillent...

...
Alors, ma raison, cartesienne dit-on, me rappelle à l’ordre, et m’ordonne de partir…

Alors demain, je m’en irai…

 

(1) Des soirées sont consacrées aux pèlerins étrangers de Krishna.

 

Ps : J’ai rencontré beaucoup d'Indiens pour qui Mayapur est un des haut lieu de spiritualité. Le chant est une des voies pour rencontrer Shiva me disent-ils… Ils sont sans doute quelques dizaines de millions ici sur le sous continent à penser ainsi…

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:23

Acte 1 : rencontres

….

Ce sont les « montagnes russes » qui se suivent et se succèdent ce matin. Le vent est là aussi, et me salue. Alors j’ai beau faire, j’ai bien du mal à gravir ces faux plats prononcés. Je me dresse sur le rickshaw, bascule mon corps à gauche, puis à droite. Ca ne suffit pas. Ca ne suffit plus. Je mets pied à terre. Je descends. Milou ne veut plus avancer. Je le pousse. Quelques centaines de mètres à contempler plus lentement encore le paysage…

La pente est moins prononcée. Milou veut bien reprendre du service. Je grimpe dessus, le relance. Peu après, devant moi, un groupe d’hommes sur des vélos surchargés. L’un d’eux est « décroché ». Est-ce le fardeau de la charge peut-être. Ou le fardeau des années. Je ne sais. Leurs trajectoires sont vacillantes, chancelantes, leurs équilibres fragiles. Certains mettent pied à terre, poussent leurs vélos. Je les rattrape, les double. Ils portent des sacs de toile rassasiés de pierres noires brillantes, semblables au charbon .

                  

Dans l’autre sens, un sâdhus marche un bâton à la main le long de la voie. Il suit sa route. Il ne semble pas être perturbé par le trafic incessant des bus et des camions. Je m’arrête.

Il me voit, s’arrête aussi. Nos regards se croisent, se parlent. L’un et l’autre, nous nous dirigeons vers le terre plein central.

             
Il a une barbe grise, porte un turban jaune-orangé sur la tête. Son regard est brillant. Il porte un en haut orange. Un tissu blanc noué autour du ventre retient une couverture jetée sur l’épaule. Il porte deux sacs en bandoulière.

A son cou deux colliers de perles. L’un est fait de petites perles brunes lisses, l’autre de perles en reliefs, plus grosses. Il porte, aussi, une de celles-ci en solitaire.

A sa main droite, une cordelette rouge et un bracelet de perles orangées. Il tient un bâton à la main. De l’autre un petit récipient d’alu.

Il parle quelques mots d’anglais. Il s’appelle Radiu me dit-il. Il n’a pas d’enfant. Il se consacre à la spiritualité. Il se déplace à pied, en stop parfois je crois comprendre. Le train est trop cher me dit-il. Il vient de Bénarès. Il va à …

? ? ? ?

Je repose la question, écoute ses paroles. Je ne comprends pas …Dommage.

« I will go to Mumbay with my rickshaw »

« Oh, you go to Mumbay ! ! ! »

Il ouvre alors une poche intérieure de son vêtement. Il en tire un petit livre écrit en hindi. Il me le montre, me dit quelques mots en hindi. Je ne comprends pas. Un guide du « Kalaram Temple » me semble-t-il. Je note le nom, me renseignerai plus tard.  Nous bavardons un peu. Nous nous séparons. Il regarde à gauche, à droite, puis traverse la route, son bâton à la main. Il s’en va. Je le regarde s’éloigner…

Je fais demi-tour, traverse la voie. Je rejoins Milou, et repars…

Quelques centaines de mètres plus loin, un petit veau gît au sol. Il a été renversé il y a peu sans doute. Son corps est étendu. Son sang s’est répandu. Le soleil l’a sitôt asséché. Ses yeux regardent vers le ciel. Ne sera-t-il pas « ramassé » lui non plus. Je n’en sais rien. Il « finira » peut-être comme les chiens que j’ai vus. Aplanis. Au gré des passages des roues incessants. Il n’en restera rien. Que la peau. Le trafic désagrègera le reste de son corps. Des chiens et des oiseaux trouveront là pitance…

Je traverse un gros bourg. La high way est bordée de chaque coté de barrières métalliques. Derrière, dans chaque sens, une voie supplémentaire. Elles sont réservées à la circulation lente, vélos, piétons, vaches et chèvres aussi. Elles desservent les échoppes du bourg traversé. Les travaux d’élargissements de la route ont parfois perché les entrées de certaines d’entre elles.

    

Des vaches grises, maigres, sont attachées aux barrières métalliques. L’une d’elle lèche un sol de béton à la recherche de je ne sais quoi. A proximité, du linge s’étend sur la barrière. De l’autre coté de la voie, une femme est accroupie. A ses cotés, une corbeille en osier. Elle étale des bouses sur le muret du terre plein central pour les faire sécher. La route élargie et le muret construit n’ont sans doute pas changé grand-chose à son mode de vie. Elle les a intégré, absorbé. Le muret est devenu support pour faire sécher les bouses, les barrières des étendages pour étendre le linge. C’est pratique quand on vit dans une maison trop petite, quand on n’a pas d’espace chez soi...

Je poursuis ma route. Je vais lentement, regarde à gauche, à droite. Je contemple le paysage. Il est illisible. Il y a des champs en friches, des petites parcelles de riz, des arbres qui sont allés se planter dans un désordre anarchique. Des chemins piétons sillonnent ici et la à travers des espaces plantés de buissons. Ils se sont frayés un chemin, ont bifurqué ici à gauche, ici à droite pour je ne sais quelle raison. Des murets de briques partiellement démolis délimitent des espaces incertains. Des d’usine de coke et des cimenteries pointent leurs cheminées …

 

Acte 2 : Quelques kms plus loin…

Le chargement est fait. Je pousse Milou jusqu’au restaurant à coté. Je reste en extérieur. Il ne fait pas froid ce matin. Je commande omelette, chapatti et tchaï. On m’apporte le tout sur un plateau d’alu compartimenté. Des choux fleurs et des pommes de terre accompagnent la commande. Ils sont « garam »  pour une fois. C’est le matin. Ils viennent d’être cuisinés et chauffés pour le reste de la journée.

Le cuisinier prépare des samosas. La patte est faite. Il la découpe en triangle, modèle avec ses mains de petits cornets. Il les remplit d’un mélange de pomme de terre et de choux fleur. « Vegetable » me dit-il. Chacun y va de sa recette. Il referme les cornets, les fait frire dans une bassine d’huile.

? ? ? ?

Coups de klaxon. Coups de klaxon encore ! ! ! ! Un bus arrive. Des hommes emmitoufles dans des couvertures s’agitent sur le toit du véhicule. Ils ramassent quelques affaires, se relèvent, et descendent du toit en s’agrippant à l’échelle métallique à l’arrière du bus. Ce ne sont que des hommes. La galanterie peut-être…

Les passagers vont et viennent entre le bus et le restaurant. Certains s’attablent, commandent tous des samosas. Deux chacun. Pas un de moins. Pas un de plus. Ils y ajoutent parfois un tchaï. C est de l’express, ne s’attardent pas en bavardages.

D’autres se dégourdissent les jambes. D’autres encore vont à leurs intimités dans les champs alentours.

Je m’en vais, les abandonne.

La route est plate. High way ce matin. Elle descend longuement au milieu de forets. Les arbres ont de larges feuilles et ne sont pas très hauts. Ils s’étalent à perte de vue et délimitent l’horizon.

Je perçois sur le terre plein central quatre drapeaux rouges triangulaires plantés. Je ralentis. Ils sont disposés en carré. Au centre, un tissu rouge accroché aux bois des drapeaux. Sur la gauche de la voie, un petit piton rocheux. Il y a des inscriptions sur le rocher. Je m’arrête, gare Milou. J’en descends. A quelques pas, un sentier. Je l’emprunte et accède au sommet du piton. Des œillets d’Inde, orangés, bordent une plateforme herbeuse. Ils semblent être cultivés.  Il y a là un abri. L’ossature est de branches, à deux pans. Une bâche noire les recouvre. C’est le toit. Dessous, à gauche, une couverture est étalée aux dimensions d’un lit. Au centre, quatre pierres délimitent un espace pour le foyer. Il y a là de la cendre grise. Planté dans la cendre, sur le bord du foyer, le trident de shiva. Des chardons sont plantés sur chacune des dents. A proximité de la couverture, deux images de je ne sais quelle divinité reposent sur une pierre. A coté, une bouteille, un flacon, une boite à encens semble t il…

Qui vit là…

Qui passe là…

Qui dort là…

 

Acte 3 : Il y a…

Il y a cette  vieille femme, sur ma gauche, qui s’approche d’une petite chèvre. Celle-ci porte d’un pull de laine vert.

? ! ? ! ? !

        

C’est fin d’après midi. Il fait froid, il fait frais les matins et les soirs. Elle n’a qu’une chèvre me dit-on. Elle en prend soin...

... 

Il y a cet homme qui tourne, qui tourne, qui tourne et tourne encore. Inlassablement. Inexorablement. Une journée me dit-on.

      

Il accompagne ses bœufs qui piétinent les fagots de riz…

... 

Il y a des hommes qui fabriquent des statues…

        

des femmes qui arrachent les racines des arbres pour se chauffer le soir sans doute…

        

des gens qui s’approprient les ponts en constructions...

        

      

Il y a…

Il y a…

Il y a…


Jean-Louis
(a suivre)


ps : j'ai empruntée une route plus sud que celle que j'envisageais et suis la Grand Trunck Road.

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:21

J’arrive près du mausolée. Il y a là un terre-plein. Plastiques, papiers, et pelouse se le sont appropriés. Des vaches vont. Sur le bord, une mosquée, petite, bleue, se tient à l’ombre d’un bosquet d’arbres. Des rickshaw walhaw stationnent à proximité. Un homme remplit de briques les deux paniers que porte un âne. Il me regarde, me fait quelques signes. Je peux garer Milou semble-t-il.  Ce que je fais. J’en descends, l’attache et m’éloigne.

Je rentre dans l’enceinte en franchissant une « gate ».

        

Des enfants jouent au cricket. Un jeune garçon vient à moi et m’aborde. Rapidement, d’autres ados se joignent à nous et nous accompagnent.

Le bâtiment et l’enceinte n’ont pas la monumentalité et la splendeur du précèdent.

       

Du sable, des gravats et des ferrailles encombrent la galerie périphérique. Des travaux sont en cours. Des grilles métalliques ajustées aux porches d’entrée en interdisent l’accès. Je m’approche. J’aperçois une pierre tombale portant une surélévation triangulaire de quelques centimètres. Un drap la recouvre.

Nous faisons le tour du bâti. Quatre hommes assis au sol dans la galerie jouent aux cartes sur un tapis. A proximité, trois hommes sur des marches se font tourner une pipe.

Je m’éloigne du bâti, va dans un angle de l’enceinte prendre quelques photos. La tour d’angle est en restauration. Un ouvrier projette de l’eau sur la façade depuis son échafaudage de bois. Deux à trois mètres plus bas, un de ses collègues actionne une pompe avec ses bras. Elle propulse l’eau à la hauteur de l’échafaudage. Restauration d’un bâti avec les moyens du bord.

Je prends des photos, dos au mausolée et à la cour. Deux hommes s’approchent de moi. L’un des deux m’aborde, en hindi. Il semble me présenter son « ami ». Autour de moi, une trentaine de personnes.

? ? ? ?

Un homme de la foule s’approche. Il me précise dans un anglais « indianisé » que « l’ami » est un rickshaw wallah. Je me retourne vers le mausolée, m’aperçois que la foule a grandi. Une camera est dirigée sur nous.

? ? ? ?

« - Who are you please ? ! »

Ce sont des journalistes locaux. Ils me présentent Jaleb et Ackik. Ils sont rickshaw wallahs. Ils joignent leurs mains, me  serrent la main, me remercient l’un et l’autre.

? ? ? ?

Ce voyage donne une « lisibilité » à leur travail peut-être. Rien de plus. C’est de cela peut-être qu’ils me remercient.

Ils travaillent dans la même compagnie. Ils louent l’un et l’autre leur rickshaw 20 roupies,  en gagnent 100 par jour environ, pour 10 heures de travail. Ils ne savent ni lire ni écrire  l’un et l’autre. Jaleb fait ce travail depuis 15 ans, Ackik depuis 10 ans.

Les présentations faites et les quelques images prises, je retourne accompagné ( ! ) vers Milou. Arrivé à ses cotés, l’un des journalistes me fait signe de le suivre. Il me conduit vers un rickshaw wallah stationné à proximité de la petite mosquée bleue. Bihariset a 50 ans. Il loue son rickshaw 30 roupies. Ils sont 6 dans son foyer. Ses gains et son temps de travail sont similaires à ses collègues me dit-on.

Les journalistes nous demandent à Biharet et à moi de nous asseoir sur son rickshaw. Le cameraman se met en place. Le journaliste se tourne vers le rickshaw wallah et l’interview.

      

C’est quelque part « Bonheur ! » . Une camera, qui plus est, indienne, est « braquée » sur un rickshaw wallah…

 

Jean louis

( à suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:19

 

Je me lève, monte en terrasse déjeuner. Les chaises sont renversées. Les singes, sans doute. Je m’approche du parapet, et retrouve Bénarès.

Je retrouve les temples enchevêtrés dans les bâtis. Ils sont de pierre blanche, grise, ou orangée. Des dômes coniques révèlent leurs sanctuaires. A leurs sommets, des couronnes dorées superposées à la forme de bulbes écrasés prolongent la lecture verticale et conduisent le regard vers le ciel. Des colonnes  de pierre, étroites, accolées les unes aux autres s’accrochent aux dômes. Des cerfs volants sont venus s’échouer ici et égayent les temples de leurs couleurs vives.  

      

 

Les bâtiments sont gris, blancs, violets parfois. Des crépis se sont effondrés ici et là. Des fils electriques et des lézardes courent sur les façades. Du linge et des tapis sèchent sur les parapets. Sur une terrasse, un homme prend sa douche près d’une citerne d’eau. A proximité, une femme masse le dos à son mari allongé au sol. Sa voisine berce un très jeune enfant. A ses cotés, une vielle femme, toute de vert vêtue, est assise en tailleur. Elle se tourne sur le coté, s’allonge, s’étend, et semble commencer sa sieste matinale. Il est 9 heures.

Sur la terrasse voisine, un enfant joue avec un chiot, des femmes étendent leurs draps au sol, une chèvre broute je ne sais quoi. Des singes vont sur les toits et sautent de mur à mur. Un jeune enfant se saisit d’un bâton, court à eux et les chasse.

Des enfants courent sur les terrasses et font grimper au ciel leurs cerfs volants. Ils sont bleus, rouges, violets. D’autres, « statiques », se contentent de brusques coups de poignets pour les faire s’élever. Une jeune femme assiste sa petite fille dans ce mouvement. Elle se penche vers l’enfant, lui prend le poignet, s’en saisit, l’agite délicatement. Le cerf volant monte au ciel. La petite fille sourit.

Des ados escaladent un muret, le franchissent d’un saut et s’en vont récupérer leur cerf volant perdu. Le fil s’est rompu sans doute. 
 

Une jeune fille se tient au bord d’un parapet. Elle a les mains jointes, les yeux tournés vers le soleil qui se lève. Elle récite me semble-t-il. A ses cotés, sur le muret, un petit récipient doré. Elle s’en saisit, le lève au ciel les bras tendus, verse le contenu par-dessus le garde corps. Elle se tient là quelques secondes, immobile, semble prier, puis repose le petit bol doré. Elle s’en saisit d’un second, trempe sa main dedans, la porte à son cou, à gauche, à droite. Elle boit le contenu du récipient, puis s’en va.

        

Le brouillard matinal se dissipe. Le Gange apparaît lentement. Des auréoles courent sur le fleuve sacré au gré des courants. Au gré de la pollution aussi. Au gré de la Vie de la Mort.

J’aperçois des bateaux. Des barques motorisées, colorées, « surpeuplées », remontent le Gange. Des hommes ont investi une plateforme hexagonale qui surplombe le fleuve. Ils le regardent s’écouler…

Des femmes descendent la rue de l’hôtel et se dirigent aux ghâts. Certaines tiennent à la main un petit bol doré.

Les fumées du Burning Ghat apparaissent. La chaleur dissipée trouble ma vue.

Un tintement de cloches résonne. Des postes de TV et de radios se font entendre. J’entends des « Ohohow… Ohohow… Ohohow… » : des ados s’essaient au dressage de pigeons sur la terrasse voisine.  Des chiens aboient. Des cris d’oiseaux, des cris de singes aussi. Des cris d’enfants…

 

Un matin à Bénarès. 

 

Jean-louis

(à suivre)

 

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:17

 

Partie 1
Un homme se tient sur le terre-plein central de la High Way. Il avance, accroupi, les yeux rivés sur le bord de la chaussée. La circulation est dense. Il tient dans sa main gauche un sac plastique. De sa main droite, il balaie délicatement le bord de la chaussée. Ses doigts raclent la terre. Les véhicules passent à quelques centimètres. Il est à la recherche. De quoi ? Je ne sais. De temps à autre, il se saisit d’une « perle rare », la dépose dans son sac. J’observe. Je ne distingue pas ce qu’il ramasse.

Je traverse la voie. Je m’approche.

«- Namaste »

«- Namaste »
«- Ab kya karta hay ? »

«- May … »

? ? ? ?

Ok, c’est bon, je n’ai rien compris.

« - May nahi samajteh hue ».

Il reste accroupi et entrouvre son sac. Il y a là des vis, des boulons, des petits bouts de fer.

Il ira revendre cela me dit il…

 

 

Partie 2
J’approche d’Agra. Le terre-plein central de la High Way est étroit. Il est de béton. Le trafic est dense. Sur le terre-plein, un homme se tient accroupi, les bras tendus. Ses poignets reposent sur ses genoux pliés. Ses vêtements n’ont plus de couleurs. Ils sont devenus guenilles avec le temps. Il a les cheveux noirs, ébouriffés. Autour de lui, du rien. Pas même un sac, un chiffon, un bout de bois. Il regarde « quoi ». Je regarde aussi. Je ne vois rien, ne vois pas « quoi ».

Et je m’en vais…

Je ne sais combien de temps restera-t-il ainsi, à regarder, accroupi.

A regarder « quoi »…

 

 

Partie 3
Un homme se tient accroupi sur le terre-plein central terreux de la High Way. Ici et là des touffes d’herbe clairsemées.

L’homme est âgé. Jeté sur l’épaule, un sac. Il pousse au sol, accroupi, un petit bout de bois un petit bout de fer, je ne sais, à la forme de spatule. L’homme semble racler le sol. Il dépose au fur et à mesure dans son sac ce qu’il ramasse.

Je traverse la voie. Je m’approche.

? ? ? ?

L’homme racle l’herbe, la coupe ainsi au ras du sol. Sitôt coupée, il la dépose dans son sac.

C’est pour les animaux me dit-il

Cette herbe est-elle meilleure pour les bêtes ? Je ne sais pas. Sans doute. Il me semble, à l’étranger « urbain » que je suis, qu’il y en a aussi ailleurs de l’herbe. Elle serait me semble-t-il plus facile à couper, plus facile à ramasser… 

Il faudrait parler, comprendre l’hindi. Il faudrait lui demander pourquoi il se fatigue ainsi à racler cette herbe précisément.

Les limites d’un voyage. « Accepter » de ne pas tout « comprendre », de ne pas tout « saisir »… 

 

 

Il y a aussi

celles qui accroupies tapent, tapent, et tapent encore …

        

ceux qui accroupis commercent, commercent, et commercent encore…

       

ceux qui accroupis attendent, attendent, et attendent encore…

       

Jean Louis
(a suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:15

 

 

Je passe sous la « Gate », et je l’aperçois…

                 

Quatre hauts minarets délimitent l’espace à mon regard. Mes yeux s’en vont se reposer sur la douceur des lignes, des couleurs aussi. Ils filent vers un sujet, un propos. Des verticalités les accompagnent. Des symétries les emmènent, les rassurent.

Et ils s’en vont ainsi, de coupoles en coupoles, de motifs en motifs, de pierres semi-précieuses en pierre semi-précieuses. Mes yeux n’errent pas, ne zigzaguent pas. Ils sont conduits, emmenés, rassurés. Rassurés aussi des proportions de chaque élément visuel. J’abandonne alors mon regard au Tajh…

La matière joue de la lumière. La partition est harmonieuse. Les tonalités sont majeures, mineures, étincelantes, ombragées. La luminosité joue des diès et des bémols... 

       
... 
 

Je ne sais que dire. Expliquer quoi… 

A quoi tiens sa magnificence.

Je ne sais pas…

Alors je reviendrai, et chercherai à comprendre…

Il me faut repartir. Je repasse sous la « Gate », et mon regard s’écorche alors…

 

Jean-Louis

(à suivre)

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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 23:59

Les portraits d'un jour évoquent des personnages rencontrés. Ce ne sont pas nécessairement des rickshaw wallahs.
Leur environnement familial, leur lieu d’habitation, leur activité, leur éducation, leurs difficultés, leurs pratiques religieuses… ont été autant d’angles d’approche pour dresser ces portraits.

Jean-Louis

ps: cette rubrique suit l'ordre chronologique


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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 23:57

C’est bien difficile de donner un age à Mattahab. Il a le teint buriné, un visage allongé, « décharné ». Des pommettes anguleuses transcrivent « un manque de nutrition » certain. Il a les cheveux noirs, luisants, la moustache méticuleusement taillée.  Ses yeux noirs sont rieurs. Son sourire fait ressortir des dents abîmées. Il machone toute la journée des feuilles de pan pour couper sa faim.

 Il porte une chemise rayée bleue marine aux manches courtes. Un tissu beige, enroulé autour de la taille lui tombe le long de ses jambes maigres. Il est de petit gabarit comme bon nombre de ses confrères.

Sa famille vit a Mymensingh dans le nord du pays. Il est marié, deux fois. Il « conjugue » son statu marital avec deux femmes. Il a cinq enfants : deux filles et trois garçons. Le plus age a 12 ans, la plus petite en a quatre. 

 

Il a toujours fait ce travail de rickshaw wallah, n’a rien connu d’autre.

Il fait la satisfaction de l’hôtel ici. Chaque fois qu’un client demande les services d’un rickshaw wallah, c’est à lui qu’on fait appel. Ponctuel, sérieux dans ses courses et dans ses tarifs, il fait  référence ici dans le quartier. Les autres rickshaw wallahs ont peu de chance de « dégotter » des courses avec l’hôtel. Ils s’en vont donc chercher ailleurs, vers d’autres hôtels dans ces beaux quartiers de Dhaka.

Car une course avec l’un de ces hôtels, c’est doubler ses revenus, voire davantage…

Jean-Louis


(à suivre)

 

  

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30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 23:55

C’est l’histoire d’un homme qui s’est rendu pour son travail au Bangladesh il y a quelques années de ça.

Un homme qui ne connaissait rien des rickshaw  wallahs.

un homme qui a changé le cours de la vie de deux personnes ici à Dhaka…

J’ai appris ça, ici…

C’est l histoire d’un homme qui s’ en ait foutu de la caricature, qui s’en ai foutu de tout ce qu’on dit des rickshaw wallahs.

Il voulait voir, voulait en savoir plus sur ces gens là. Une rencontre, une simple rencontre. On prend un rickshaw, on rencontre un homme. Rien d’autre. On peut aussi aller autrement, à n’voir et n’dire qu’ le mal et pas le bien, à dire « ils sont comme ci et pas comme ça ». Je sais.

C’est l’histoire d’un homme qui ne s’est pas arrêté au cliché, à l’arbitraire, à l’incompréhension, à l’inexplicable…

l’histoire d’un homme qui s est rendu dans ces quartiers…

Il ne parlais pas bangla…

Deux rickshaw wallahs ont depuis leurs propres rickshaws…

Il sait bien que ça ne changera rien à la vie des autres rickshaw wallahs…

Il sait bien…

Jean Louis

(à suivre)

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