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  • : Blog consacré aux Rickshaw Wallahs et relayant un voyage Dhaka-Delhi à vélo-rickshaw (oct 2008-mars 2009)
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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:47

Il pleut cette fin d’après midi sur Mymensingh. Nous nous rendons au cinéma Mustaffa et moi. Cinéma de quartier. Il est 18h00. Il fait nuit déjà.

Nous franchissons une grille métallique coulissante rouillée et entrons dans un vaste hall rectangulaire aux murs verts et au plafond rose. Suspendus au plafond, six ventilateurs. Ils ne fonctionnent pas. Entre ceux-ci, quatre carrés de bois vert de 1m par 1m environ agrémentent la décoration. Deux néons assurent l’éclairage. Des fils électriques pendent au plafond. Sans doute un troisième point lumineux. Défectueux celui-ci.

Sur la droite en entrant, le marchand de « chips » et d’autres coupe-faim. Derrière lui, cinq ou six petites affiches de cinéma sont collées au mur. Certaines d’entre elles sont déchirées. De plus grandes affiches de 1m50 par 2m environ reposent au sol à proximité. Visage d’acteurs et d’actrices de cinéma Bangla me précise Mustaffa.

Sur un banc face à l’entrée, adossé au mur, un policier assure les contrôles de sécurité. De façon nonchalante, il me demande d’ouvrir mes sacoches. Ce que je fais, ne trouve rien à redire.

Nous achetons les meilleures places. 30 takas la place Nous serons au deuxième étage, au plus haut. C’est 20 takas la place au rez de chaussée.

Nous attendons assis sur un banc que la séance précédente se termine. Autour de nous des adolescents essentiellement et quelques hommes plus âgés. Aucune femme, aucune famille, pas d’enfant.

Deux, trois, puis rapidement cinq, dix personnes s’approchent de moi. Elles restent là, à me regarder, à un mètre de moi. Elles ont toutes de grands yeux marrons, un regard lumineux. Elles bavardent entre elles. Sourires échangés, quelques mots en bangla à mon attention.

 ? ! …

J’essaie de mon coté quelques mots en anglais. Nouveaux sourires.

« - Ami buzla na bangla ». Ils éclatent de rire. Ils s’adressent alors à Mustaffa pour en savoir plus sur le « sujet ».

Nouveaux sourires, nouveaux regards échangés, nouveau « patois bangla »…

Une sirène retentit. Nous sommes conviés à monter aux étages prendre place. Nous empruntons l’escalier. Au premier étage, un jeune homme nous demande nos billets, les déchire et nous les rend. D’un geste, il nous indique les escaliers à suivre.

Nous arrivons au deuxième étage. Je n’y vois pas grand-chose. La luminosité est « tamisée » par un manque de points d’éclairage. Nous redescendons quelques marches nous asseoir au rang du balcon. Nous avons une vue plongeante sur la salle dont la capacité avoisine les huit cents places. Je me penche au balcon. Nous devons être près de deux cents personnes dans la salle. Guère plus. La décoration est des plus sommaires. Quelques « bariolages » ici et là sur les murs. Rien de plus.

Nous prenons place sur nos bancs de bois repliable. Un jeune homme passe dans les rangs vendre « chips » et cacahuètes.

         
La projection commence, les éclairages s’éteignent. C’est la page « Publicité ». De la pub pour de la porcelaine et de la vaisselle. Trois ou quatre spots pour quelques produits alimentaires suivent. Pas de pub pour des parfums, des voitures, des vêtements… Autres consommations sans doute ici.

Sans même une bande annonce, la diffusion du film enchaîne. Je comprends rapidement qu’il s’agit d’un film de « bagarres ». Une bande de quelques hommes semble semer la terreur en s’en prenant à de petites gens. Sans doute sont-ils « les méchants ». Je comprends aussi qu’il y a le sympathique « fou » de service, un personnage atypique, qui semble être « le gentil ». Il combat ces méchants à l’occasion de rixes des plus grotesques et des plus cocasses. Les cascades des combats ne font pas dans la demi mesure. Un coup de poing, et le « gentil » fait « décoller » du sol son adversaire de 50 cms facilement, quand celui-ci ne va pas jusqu’à «devoir »  faire un saut périlleux arrière. Les équipes de maquillage doivent sans doute travailler « au seau » pour assurer la quantité de sang versé à l’occasion de ces combats acharnés.

De temps à autres, des scènes de danse s’intercalent entre deux combats. On est loin du cinéma « boolywood ». Les danses sont approximatives, les costumes et les décors des plus banals. Parfois, des scènes au « coté sexy » suscitent les réactions du public. Succès garantis. Les cadrages mettent en valeur les formes généreuses de certaines femmes. Certaines d’entre elles se laissent caresser leur ventre dévêtu par des hommes visiblement en recherche de plaisir.

Le film est en noir et blanc. Le son est assourdissant et résonnant. De longs traits blancs verticaux parcourent l’écran de façon aléatoire. Les images sont parfois saccadées. A croire que les montages des bobines se font à la colle ou au scotch.

Subitement, la pellicule se noircit. Du « fondu-enchainé », le projectionniste a du oublier l’ « enchainé ». Le public commence à siffler, à crier. L’image revient. Le projectionniste peut souffler.

Une heure et demie s’est écoulée. C’est l’entracte. Mustaffa voulait partir il y a quelques minutes déjà. De mon coté, j’ai mon aperçu du cinéma bangla. Il vaut ce qu’il vaut. Nous décidons de rentrer à l’hôtel.

Nous descendons les escaliers, gagnons le hall. Un homme nous entrouvre la grille métallique coulissante de l’entrée. Juste de quoi nous faufiler. Il pleut encore. Trois vendeurs se tiennent là près de l’entrée, à l’abri d’une dépassée de balcon. Ils attendent la sortie des spectateurs. Deux d’entre eux vendent des œufs cuits posés sur un tabouret de bois. A coté des oeufs, quelques petits sachets de papier journal, remplis de cacahuètes. Le troisième vend le traditionnel pan.

Nous traversons la rue et courrons nous abriter dans une boutique depuis laquelle Mustaffa pourra interpeller plus facilement un rickshaw wallah. Nous attendons là quelques minutes. Les rickshaws sont peu nombreux à circuler. Il a plu toute la journée. Sans doute éreintés par les conditions atmosphériques, un grand nombre d’entre eux ont du arrêter leur job plus tôt. Avec un tel temps, ils sont davantage sollicités et enchaînent course sur course sans répit.

Nous quittons l’échoppe et nous nous résignons à marcher sous la pluie. Nous veillons à nos pas pour éviter flaques, excréments, et autres infortunes. Mustaffa arrête un rickshaw wallah. Quelques mots échangés, puis nous montons.
         
Il nous tend un long plastique pour nous abriter de la pluie. Avec le vent,  nous serions mouillés en dépit de la capote dépliée. Nous tenons le plastique à la main, couvrons nos jambes avec. Le rickshaw wallah quant à lui s’abrite de la pluie avec un long sac plastique bleu.  Il l’a resserré avec une corde au niveau de son cou et de sa taille. Vêtement de fortune. Il s’élance. Un, deux, trois coups de pédale. Le rickshaw est lancé…

 

Jean-Louis

(à suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:45

Vendredi. C’est jour de fermeture ici. Moins de monde dans les rues, moins de circulation. Ca tombe bien. Il faut bien se lancer. Ce sera ce jour. Direction Old Dhaka, le centre. Adieu les larges avenues. On va aller s’imprégner de la ville, à rickshaw.  

Il est 11h00. Je rejoins Gulshan 1 depuis Gulshan 2 par de petites rues ombragées. Quartier résidentiel, bien loin de l’animation apocalyptique du centre du vieux Dhaka. Je farniente au guidon du rickshaw, pédalant lentement. Je lève la tête, à gauche à droite, observant de bien belles maisons parfois. Certaines font dans le High-Tech avec parois vitrées, d’autres dans le « classique » avec colonnes. Des panneaux « To let », « No parking » ici et là dans le quartier. Des panneaux que je n’ai pas vus à Kolatori (1)

Je croise des rickshaw wallahs. Ils me sourient.

« - Baloacen  »(2)

« - Balo, Balo  »

L’insolite inspire toujours les sourires.

Je rejoins la South Avenue. Quelques dizaines de mètres et me voici à Gulshan 1.

Je traverse le carrefour et emprunte une rue bordée de part et d’autre par Gulshan Lake. Des baraquements de tôle ondulée sur pilotis bordent le plan d’eau sur la gauche. Pas de barques, pas de pêcheurs. Les pilotis s’enfoncent-ils peut-être. Les baraquements penchent. A l’image peut-être de la vie de leurs habitants. Perpétuel équilibre. Etrange assimilation. Facile. Je sais. 

Je poursuis ma route, et arrive sur la DIT Road qui me conduira sur les quartiers arrières du vieux dhaka. Je dois traverser, voilà tout, la deux,trois, quatre voies, on ne sait pas au juste, qui vient de ma droite, pour gagner ensuite la voie qui vient de ma gauche, séparée de la précédente par un terre-plein central étroit, de terre et de béton, haut d’une cinquantaine de cm.

Je remarque un carrefour sur ma droite, à une centaine de mètres. C’est donc par là qu’il me faut passer pour « contourner » le terre-plein central.

Je ne suis pas seul à envisager cette solution. Devant moi, un jeune homme conduit un rickshaw carrier et semble aller dans ma direction. Je m’abrite derrière lui, le suis dans ses mouvements d’évitement.

C’est donc parti, me tiens bien à droite.

Je me trouve nez à nez dès les premiers mètres avec des rickshaw wallahs venant en sens inverse.

« - Dring ! Dring ! Dring ! »

J’y vais de ma sonnette, à tue-tête, à tue-sonnette.   

« - Dring ! Dring ! Dring ! »

Coup de guidon à droite. Coup de guidon à gauche. Ca passe. Ca passe toujours.

On va droit, quelques mètres.

Re-coup de guidon à gauche, re-coup de guidon à droite.

Nous arrivons lui et moi à proximité du carrefour. Je l’observe pour m’inscrire dans son sillage. Nous sommes l’un et l’autre sur le bas coté. Nous allons lentement. Un coup d’œil vers l’avant, vers l’arrière. No trafic. Un brusque coup de guidon à gauche, puis il se redresse alors, droit, debout sur ses pédales, bascule dans un geste lent son corps sur la gauche, puis sur la droite. Il se met en danseuse. Je m’engage derrière lui. Trois, quatre, cinq coups de pédales et nous traversons la voie. Première étape franchie. Il nous faut maintenant nous inscrire dans le trafic qui vient de notre gauche. Coup d’oeil vers l’arrière. Le bus est loin. J’ai le temps de passer. Je m’engage, et m’immerge dans le trafic. Le rickshaw wallah a suivi. Il se retourne vers moi, me regarde, me sourit. Complicité d’une étape franchie. Cette épreuve, cette « survie » dans le trafic urbain est le lot quotidien des rickshaw wallah ici. Rien d’exceptionnel pour lui. Il faut « vivre », « survivre ». Il faut passer. 

Il n’ y a maintenant plus qu’à suivre la DIT Road jusqu’à Old Dhaka.

Je lance le rickshaw, double un rickshaw de « drink water ». Les fontaines à eau ont du succès ici aussi.

Le trafic est dense, mais « supportable ». Les rickshaw sont nombreux sur la route. Il y a celui qui transporte des machines à coudre, un autre des bambous. Ils dépassent du rickshaw de 4 bon mètres vers l’arrière, retombent vers le sol sous l’effet de leurs poids, de 3 bons mètres vers l’avant, retombent vers le sol aussi.

Je double un rickshaw- wallah qui doit être de déménagement. Il y a de tout sur le rickshaw. Une table les pieds retournés, des ustensiles de cuisines en alu, des couvertures, des chaises de bois, et d’autres meubles, je n’sais encore. Je n’ose penser au poids.

Le long de la route, arrêté, un homme propose le jus de canne a sucre. Posé sur le plateau d’un rickshaw carrier, le « presse-canne à sucre ». Un adolescent est là, attendant sa boisson. L’homme engage la canne à sucre entre deux rouleaux métalliques, tourne une manivelle. La canne a sucre progresse, écrasée, et extrait son jus que l’homme récupère.

     

Entre les shops, sur la gauche, un autre « Lake », bordé, aussi, par un baraquement de tôle. Le bâtiment semble abandonné. L’eau arrive au pied de la porte, ouverte, ne semble vouloir entrer. Par pudeur d’inondation peut-être. Pourtant, parfois, elle ne se gêne pas ici dans le pays.

Il y a là de part et d’autre de la route, des ébénisteries, des mécaniciens en tout genre, des réparateurs de vélos, des chaudronniers, des marchands de bois, des garages à rickshaws. Sur les trottoirs, les vendeurs de pan sont là, de cigarettes, d’œufs, de coupe-faims et d’autres choses encore. Des cireurs de chaussures, assis en tailleurs à même le sol sur les trottoirs attendent des clients.

Un homme va sur le bas coté de la route, tenant à la main par les pattes six ou sept poules, la crête en bas. Il crie quelques mots de temps en temps, annonçant sans doute qu’il a de bien belles poules à vendre.

Sur la droite de la route, un marché aux bambous. Les bois sont longs, rangés en tas suivant leur taille sur un vaste terrain herbeux bordé de quelques arbres. Quelques petites chèvres noires broutent au milieu.   

Une cote s’annonce. J’approche. Certains rickshaw wallahs se redressent, se mettent en danseuse, forcent sur les pédales, question de fierté peut-être. D’autres, peut être  plus usés par le métier, descendent de leur rickshaw sitôt la montée se faisant ressentir. Je gravis les quelques mètres en forçant plus qu’à l’accoutumée.

Cette cote permet de franchir un cours d’eau étroit. Je redescends de l’autre coté, prudemment, les mains sur les freins.

Au bas de la descente, sur la gauche sur le trottoir, espacés régulièrement, des hommes assis au sol vendent des viennoiseries sous sachet plastique.

Je poursuis ma route, franchis la voie ferrée. Entre deux voies de chemin de fer, un adolescent vend des petits fruits ronds verts. Coup d’œil à droite, à gauche. Les voies sont encombrées de monde. Elles semblent être une voie supplémentaire de circulation piétonne. Sans doute que le train ne surgit jamais rapidement ici, de quoi laisser le temps aux uns aux autres de se ranger.

Je poursuis mon chemin, m’arrête de temps en temps pour consulter mon plan.
A cette occasion, certains passants lisent les quelques lignes traduites en Bangla accrochées au rickshaw. Parmi eux, un homme me demande ce que je veux faire exactement, si je veux créer une association pour aider les rickshaw wallahs. Un autre me demande si je suis journaliste ( ? ).

 « - No, only tourist ! »

Certains passants, les quelques lignes lues, me tapent amicalement sur l’épaule, me sourient. Ils me lancent un regard qui se suffit à lui même, qui rend les mots superflus, puis poursuivent leur chemin.

J’intrigue sans doute, en dépit de ces quelques mots explicatifs en bangla accrochés aux rickskaw, en dépit de mes explications.

     

Je m’approche des quartiers arrières du vieux Dhaka. Les avenues sont larges, bordées de hauts buildings. Je stoppe à un carrefour. Un policier organise au mieux la circulation. Sur la gauche, à proximité, un homme peint méticuleusement au pinceau une bande bleue sur une barrière faite de tôle métallique. Pas de règle, pas de repère, pas de mètre. Rien. Un travail soigneux, au mieux, et ça fera l’affaire.

Le policier nous laisse la route. Il me souris, et me lance un « Baloacen ». Lui aussi .
Quelques centaines de mètres plus loin, deux enfants assis au sol jouent sur un trottoir. Je m’arrête, gare le rickshaw et m’approche d’eux. Ils ne parlent pas « english ».

 « - Only bangla ! » me disent-ils.

Ils sont assis autour d’un quadrillage tracé au sol d’une craie orangée. Des petits cailloux gris et des petits bouts de branches vertes sont posés à certains croisements de lignes. Ils les déplacent à tour de rôle. Je les regarde jouer, essaie de comprendre la règle. Ma tête est peut-être fatiguée de mon trajet, de cette circulation. Ca ne m’aide pas. Le jeu semble s’apparenter au jeu de dames. Je n’en saurai que ça.

Je reste là quelques minutes à les regarder jouer.

     

Je les abandonne, reprends le rickshaw et poursuis ma route.

J’approche du vieux dhaka, arrive vers Nazir Bazar

Un jeune homme me demande de stopper. Il veut me prendre en photo ( ? ! ) Je m’arrête. Nous bavardons. Il parle anglais. Je lui explique mon projet, mon voyage. Il apprécie, se montre enthousiaste. Un attroupement se forme rapidement. Les questions viennent de droite, de gauche. Je réponds. J’essaie. Coup de klaxon. Les voitures ne passent plus dans la rue étroite. Ca me rappelle quelque chose.

Il me faut repartir. Des enfants me poussent et m’aident à relancer le rickshaw.

Beaucoup d’échoppes sont closes dans le quartier. En revanche, les petits vendeurs de mille et une choses sont là, encombrants les rues et les trottoirs. Les rues deviennent plus étroites sur cette partie de ville, la circulation plus dense. Il faut être plus vigilant encore. Je m’approche d’un restaurant, regarde à l’intérieur. Il est bondé. C’est bon signe. Je m’arrête, descends du rickshaw. Quelques manœuvres pour l’approcher du mur bordant la rue. Je l’attache au cadenas, et rentre dans le restaurant…

 Jean-Louis

(à suivre)

 

(1)  Quartier au nord de DhaKa où est installée la Compagnie de rickshaw de Mustaffa (voir article précédent)

(2)  « Bonjour »

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:43

Nous partons acheter Mustaffa et moi, un petit carnet. Je ne remets plus la main sur le mien.

Un jeune homme se tient sur le palier d’une boutique. Nous nous approchons. Mustaffa le questionne en bangla. L’homme ne répond pas, se tourne vers moi. Je poursuis « machinalement » en anglais par réflexe. L’homme s’adresse alors à moi et me réitère  ma question dans un anglais très hésitant, pour se rassurer peut-être d’en avoir compris le sens. 

Etant donné ses hésitations, je lui demande alors de s’adresser en bangla à Mustaffa. Il ne dit rien, ne dit mot à Mustaffa.

Mustaffa réitère sa question en bangla au jeune homme… et se voit bousculer par celui-ci.

? ? ? ?

Des mots sont alors échangés entre les deux hommes. Le ton est sévère. Je ne comprends pas. Je n’aurai pas la traduction. Le père du jeune homme qui se tenait à proximité, tente de « récupérer » la situation. Il a compris que son fils venait de commettre un impair, que Mustaffa n’était pas qu’un « simple » rickshaw wallah. 

Et si bien même il en était « un », qu’il y a-t-il ainsi à repousser des hommes…

 

Jean-Louis

(à suivre)

 

Ps : plusieurs fois les gens s’adressant à moi évoquent dans leur conversation « Le rickshaw wallah » en parlant de Mustaffa. Ils n’évoquent pas l'ami, l'homme. Non, le cliché demeure.

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:41

Il est midi. Plein soleil. Pas de thermomètre. Ca tombe bien pour le boss, on ne sait sous quelle température au juste ces hommes là travaillent. Là, accroupis toute la journée, à fabriquer ces briques. A quelques dizaines de mètres d’eux, des ouvriers remplissent à la pelle des brouettes de terre. Une terre modelable, du genre terre glaise. Les brouettes remplies, des hommes font les allers-retours entre les deux groupes d’ouvriers, les renversent aux pieds des premiers. Ceux ci s’en saisissent alors, mettent cette terre dans de petits moules de bois à l’aide d’une taloche. Le moule ainsi rempli, il n’y a plus qu’à le retourner. La brique est faite. On laissera sécher ça au soleil avant de passer au four.
          
La « visite » est finie. Nous retournons prendre vélo et rickshaw. Coup d’œil à l’arrière. Aucun véhicule. On peut y aller. Je pousse le rickshaw, le sort du bas coté, le remets sur la route. Je peux grimper. Debout sur les pédales, je le relance, me mets en danseuse. C’est parti.

Le paysage est pittoresque, verdoyant. Des rizières bordent la route. Des étendues d’eau s’invitent parfois entre celles-ci. Les installations de pêche, nombreuses, témoignent de l’activité dans ces étangs. Elles sont faites en bambou, permettent de lever des filets par un système de balancier. Le pêcheur gagne une plateforme de bois située en hauteur d’où il l’actionne. C’est une friture qu’on pêche ici. On ira la vendre au bazar d’a coté d’ici quelques heures.  

               

Nous roulons « bien ». La route est plate. Les bus, les voitures et les camions ne sont pas nombreux. Coup de klaxons de temps à autres, c’est tout. Nous croisons en revanche d’innombrables rickshaw carrier qui transportent bambous, pierres, pan, légumes, fruits, poules et autres. Je me rends compte ainsi combien les rickshaw wallahs sont essentiels à l’économie du pays en assurant le fret des marchandises, même ici dans les campagnes.

         
La route est ombragée. Trois enfants balaient les bas cotés. Ils tiennent à la main des branchages attachés entre eux par un bout de ficelle. Ils ramassent là feuilles mortes desséchées et le moindre branchage. Ce sera un moyen de combustion supplémentaire pour faire le feu à la maison. J’ai vu cela chez Mustaffa.
Quelques centaines de mètres plus loin, sur ma gauche, en contrebas de la route, un pré desséché. Près de l’étang qui le borde, cinq abris de fortune faits de bambous se tiennent là. Ils sont de forme tubulaire, ouverts aux deux extrémités, d’une hauteur de un mètre cinquante environ. Je perçois leur intérieur, et je ne perçois rien. Des plastiques bleus et blancs assurent l’étanchéité pour les jours de pluie. Des femmes assises à proximité de ces abris bavardent. Des enfants jouent autour. On est là parmi les plus déshérités. De quoi vivent ces gens. Je ne sais.

Nous traversons un peu plus tard un village. Ils sont nombreux, se succèdent les uns aux autres depuis quelques kilomètres. Leur nombre témoigne de la densité du pays. Pas de commerce ici. Ce sera plus loin, au bazar, qu'on les trouvera.
Des baraquements rectangulaires, au toit à deux pans, faits de tôle ondulée, se tiennent en retrait de quelques mètres de la route.  Ils sont organisés autour d’un point d’eau et de bosquets d’arbres. L’ensemble amène sans doute un peu de fraîcheur rendant peut-être supportable les températures sous les tôles. J’en doute quand même. Entre les baraquements et la route, sur la droite, deux vaches broutent la paille de riz séchée entreposée à leur égard. 
         
Nous sortons du village. Deux jeunes filles entièrement voilées, reviennent de l’école, les livres sous la main. Elles quittent la route, s’engagent dans un chemin. Machinalement, elles se retournent, m’aperçoivent, s’arrêtent. Je m’approche, passe à leur hauteur. Je ne perçois que leurs yeux. Un voile rouge pour l’une, violet pour l’autre, leur couvre la tête. Les couleurs tranchent avec le noir du tissu qui leur voile leurs corps. Elles me regardent passer. Leur curiosité est intacte.

Nous poursuivons notre route…

Jean-louis
(à suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:39

Partie 1

Le rickshaw wallah revient d’une course sans doute. Il laisse filer son rickshaw, arrive en roue libre. Il prend ainsi position dans la file indienne des nombreux rickshaw-wallahs qui attendent là les clients, au bout de la rue. Il descend du rickshaw. Sitôt descendu, un policier officiant à quelques pas l’interpelle. Je crois comprendre que le rickshaw gêne l’accès à une porte. Des mots sont échangés entre les deux hommes. Le ton monte rapidement. Subitement, le policier se baisse et approche sa main gauche de la roue du rickshaw. Le rickshaw wallah se précipite sur son rickshaw et le déplace…

Le policier voulait-il s’assurer du bon gonflage des pneus du rickshaw…

J’en doute...


Partie 2

Gulshan 2. Début d’après midi. Le rickshaw wallah vient d’accrocher une voiture au centre du Circle. Le policier qui officie au carrefour vient à lui le bâton à la main. Le rickshaw wallah descend alors précipitamment du rickshaw, se retire de quelques mètres en arrière, les yeux fixés sur le policier. Il craint peut-être d’être battu. Je n’en sais rien. Les passagers, désemparés, restent sur le rickshaw. Scène surréaliste. Le policier ordonne au rickshaw wallah de reprendre son véhicule et de le garer. Le rickshaw wallah s’exécute. Après quelques manœuvres, il parvient à déplacer son rickshaw « coincé » contre la voiture, remonte dessus. L’automobiliste fait le tour de son véhicule, puis s’en va. Le rickshaw wallah se gare alors le long d’un des terres plein, descend du rickshaw. Le policier renverse alors le rickshaw, se saisit du siège, traverse le « Circle » et le jette au sol...

Le rickshaw wallah devra pourtant bien récupérer son outil de travail. A quelle condition…


Partie 3

Nous nous rendons Mustaffa et moi à Old Dhaka. Un rickshaw van est immobilisé dans un coin d’un carrefour, le guidon vers le ciel. Il n’y a visiblement personne autour.

« - What is it ? »

« - Accident. Big problem for the rickshaw wallah. Not good for him…

Some policeman are good, some policeman are not good… »

Visiblement, celui qui officiait à ce carrefour ne devait pas être « good »…


Jean-Louis

(à suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:37

Partie 1

Un rickshaw van me précède, à quelques mètres. Sur le plateau, assis, un jeune couple. Je semble visiblement les intriguer. L’un et l’autre se retournent vers moi. Ils sont dos à la route. Ils bavardent entre eux, me regardent fixement. Ils ralentissent. Je les rattrape, les double. La jeune femme est voilée de noire. Je ne perçois que ses yeux. Le regard est brillant. En arrivant à leur hauteur, le jeune homme me demande de m’arrêter pour bavarder. Ca tombe bien. Je voulais prendre en photo ces jeunes femmes qui étalent le riz avec leurs pieds sur le bord de cette route.

Le jeune couple descend du van. Le rickshaw wallah reste au guidon. Le jeune homme s’approche de moi, me demande d’où je viens avec ce rickshaw, où je vais. Je lui explique mon projet. Nous bavardons. Il habite Athènes, est là en vacances chez les siens. La jeune femme suit la conversation visiblement intéressée par mes propos. Elle se rapproche de nous, m’observe, enlève dans un geste naturel son foulard qui lui voilait son visage souriant…

 

Partie 2

Nous attendons le boss qui a les clefs du garage où j ai rangé Milou. Nous commençons à descendre mes bagages sur la terrasse qui surplombe la rue. Nous attendons là. Un homme la trentaine, fait des allers retours incessants autour de nous. Il semble agité, semble attendre quelqu’un, quelque chose. Il s’engage dans le couloir qui mène à la chambre des plaisirs (1)

« - No good this lady. »

Je ne comprends pas

De l’autre coté de la rue, à l’angle d’un bâti, une femme toute de noire vêtue se tient là. Sur sa tête un foulard blanc. Je ne lui perçois que les yeux. Elle semble attendre. Attendre un signe, une heure. Je ne sais quoi.

« - I don’t understand ! What do you say ? »

Coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche. La femme se précipite alors rapidement vers l’hôtel, monte les escaliers où nous nous trouvons, et s’engage dans le couloir…

« - No good this lady and this man. It is not allowed in our country…»

Si les dieux savaient ça…


Partie 3

Je m’arrête, descends du rickshaw. Des jeunes filles les livres sous les mains viennent à ma rencontre. Elles arrivent à ma hauteur, bavardent entre elles, me regardent. Elles sont entièrement voilées. Leurs voiles sont colorées. Je ne perçois que leurs yeux. J’engage la conversation.

« - I am French. Tourist ».

« - What is your name ? ».

« - My name is Jean Louis ».

Je leur montre les quelques lignes en bangla accrochées au rickshaw. Brouhaha. Tumulte. « Piaillement ». Les jeunes filles se précipitent. L’une d’entre elle lit à haute voix pour ses copines. Les copines me fixent des yeux. Larges sourires. De jeunes garçons sont au loin. Elles les interpellent à haute voix. Eclats de rire, entre eux, entre elles.

Des femmes que j’avais croisées quelques centaines de mètres avant nous rejoignent. Les jeunes filles voilées leur expliquent mon projet. Elles sont visiblement enthousiastes à l’idée de celui-ci….



(1) Ca frappe à ma porte. Un homme rencontré à mon arrivée à l’hôtel est sur le palier. Il ne parle pas anglais. Il me fait comprendre de le suivre. Pour quelle raison au juste ? Je ne sais pas. Je le suis. Il y en a tant ces jours qui veulent m’emmener chez eux ou voir d’autres personnes pour me parler. Je descends les escaliers. Nous traversons la terrasse qui surplombe la rue et nous nous engageons dans un couloir, arrivons devant une porte. Il frappe, ouvre. Une jeune fille paraissant les 18 /20 ans est là. Il m’invite à m’asseoir sur le grand lit. Je m’assois, regarde autour de moi. Je ne veux comprendre. Ils échangent quelques mots entre eux. La jeune fille se dirige vers la fenêtre, ferme les volets. L’homme se tourne vers moi. Il me fait signe du doigt, cette fille et moi…

? ! ? !

Est-ce sa fille qu’il veut me proposer en mariage ou autre chose ? Je n’en sais rien…

Il approche ses mains des seins de la jeune femme.

« - No, no, sorry, no… ». Je me lève.

La jeune femme me regarde, me sourit

Je fais quelques pas, ouvre la porte…

Etait ce une fille de joie ? Etait ce sa fille, sa femme…

Dans les voyages, il y a des questions qui resteront question …

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:35

Partie 1
Milou est chargé. Je grimpe dessus.
« - Ok bye bye »
Un rickshaw wallah est garé de l’autre coté de la rue. Il est dans la direction que je dois prendre, semble m’attendre. Demi tour dans la rue encombrée. Les personnes se poussent et me laissent un semblant de passage. Mon demi tour fait, le rickshaw wallah s’élance, me précède. Je le suis. Je me retourne pour lancer un au revoir. 
? !
Difficile ! Deux rickshaw wallahs se sont lancés derrière moi. J’ai bien du mal à apercevoir mes amis. Le convoi est formé.
Nous traversons des rues bordées d’échoppes en tout genre. Prestataire de repassage, vendeur de fruits, restaurants, menuisiers... Le rickshaw wallah qui me précède annonce aux passants qu’il y a un drôle de personnage qui le suit. Je ne comprends pas le bangla, mais ses propos doivent ressembler à cela. Il conduit son rickshaw de la main droite, balance l’autre bras d’avant en arrière dans un mouvement agité d’excitation, le pouce levé, le poing fermé.
Un des deux rickshaw wallah qui me suit se porte à ma hauteur. Il me montre ma roue avant, semble me dire qu’elle est dégonflée. Milou a visiblement mal aux pattes.
« - Ok understand. Stop next misteri. »
« - OK ok ok… » me lance-t-il avec un grand sourire. Il interpelle son confrère me précédent, lui fait part sans doute du mal aux pattes.
Nous longeons un plan d’eau et arrivons à proximité d’un carrefour bordé d’un pré. Deux misteris y ont installé leur « atelier ». Du petit outillage. Et rien d’autre.
           
L’un des deux est affairé à la réparation d’un vélo. Je me gare. L’autre vient à moi, examine la roue. Il va chercher une pompe. Des passants s’approchent du rickshaw. Ils lisent les quelques mots écrits en Bangla accrochés aux rickshaw. Le misteri revient, met le gonfleur à la valve. Debout, les bras tendus vers le bas, il prend appui sur le gonfleur et se baisse, puis se relève, et se lance ainsi dans un mouvement de va-et-vient incessants. Au bout de quelques secondes, il tâtonne la roue. Le gonflage est satisfaisant. La patte est sauvée. Elle n’est pas à changer…

Partie 2
Deux jeunes étudiants me conduisent enfin sur la route sud. J’ai eu bien du mal à la trouver. Elle n’est guère fréquentée, si ce n’est par les riverains. Je paie le rickshaw aux étudiants et les quitte.
Je grimpe sur Milou et me lance. La route est étroite, ombragée, bordée ici et là par des thés shop et des habitations. Les baraquements sont de métal. Des hommes s’affairent à réparer des croisillons de bambou sur lesquels reposent et sèchent des feuilles de palmiers. Des grains de riz sont étalés au soleil sur des nattes, d’autres sur la route. Sur la gauche, des enfants pêchent dans une boutasse. Des bois de bambous qui se prennent pour des ponts l’enjambent ici et là.
Une femme marche le long de la route et traîne à la main des feuilles de palmiers. Elle en fera sans doute des nattes. Un enfant pousse un bout de bois recourbé en son extrémité. Son imagination semble en avoir fait autre chose qu’un simple bâton. Un autre fait rouler une roue de plastique fixée au bout d’un bois.
             
Des vans ramènent les gens qui sont venus au marché de Madaripur. Des enfants reviennent de l’école. Les garçons sont vêtus de bleu, les filles de blanc. Des femmes bavardent en bordure de route à proximité de leur maison. Leurs sarres colorées se détachent sur le brun des riz qui sèchent sur la route. Des vaches mangent leur paille dans des écuelles de pierre.
Des bâtons entourés de bouses reposent verticalement contre les barrières de bambou et sèchent au soleil.
      
Des femmes lavent leurs gamelles d’alu dans l’étang. Des oiseaux chantent. Des fleurs bleues colorent le paysage verdoyant. Des petites parcelles de rizières de 10 m par 20 env se touchent les unes aux autres. Les bananiers s’espacent. J’aperçois derrière eux un plan d’eau, une habitation
      
Une journée ordinaire du coté de Madaripur…

Jean Louis

(à suivre)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:33

J’arrive à un bazar, scrute à gauche à droite, à l’affût d’un restaurant. Je m’arrête. Un homme me fait comprendre de m’engager dans une des ruelles. Ce que je fais. La ruelle est sinueuse, étroite. Je trouve le restaurant. Il y a du monde. C’est bon signe. Je gare Milou devant une boutique de tissus.

« - No problem ? »

« - Ok no problem ! »

Je grimpe les 4 marches, m’adresse au patron. Je m’approche du coin cuisine, soulève les couvercles. Ce sera « Cow and rice ». Leur poisson ne m’inspire guère. Toutes les tables sont occupées. Je m’assoie en face d’un homme. Il n’est pas très souriant. Il a les yeux parfois ailleurs, marmonne je ne sais quoi entre ses lèvres.

Le restau s’est rapidement rempli derrière moi de curieux. Certains se dirigent vers l’évier près de ma table, s’arrêtent avant, font demi tour, me regardent, me fixent, et puis s’en vont. D’autres s’approchent de moi, stoppent dans la circulation et me regardent manger. Les serveurs ont du mal à se frayer un chemin. Le patron y va de son coup de gueule. Quelques uns se déplacent, quelques uns ressortent. Rien de plus. Quelques minutes après, c’est à refaire. Un client à l’autre bout du restau s’essaie à deux ou trois mots d’anglais.

« - Witch country ? »

« - I am french. Tourist »

Combien de fois l’ai-je dit…

Le thé pris et la note payée, je ressors du restaurant. Milou a de la compagnie. Il y a là Naarbaron, rickshaw wallah au bazar, tout de bleu vêtu. Je bavarde avec lui et ses amis. Avec les mains, avec les gestes. L’esperanto gestuel est réalité. Saupoudré d’un mot d’anglais par ci, d’un mot bangla par là. Naarbaron veut ramener Milou sur le droit chemin, sur la route que j’ai quitté en m’engageant dans la ruelle. J’accepte bien entendu. Il ne grimpe pas dessus, le pousse simplement. Il semble être fier. Ses amis l’entourent, le suivent.

Arrivé sur la route, il stoppe le rickshaw, lâche le guidon, se recule et me laisse place. Je grimpe sur Milou.

Je lance le bras, balaie l’espace pour un au revoir. Je les quitte.

Je sors du bazar et retrouve une route bordée de rizières. Je roule lentement, flânant pour mes derniers tours de roues sur les routes bangladeshies. Des pensées me viennent (1). Des cocotiers se sont éparpillés dans les rizières. Ils se sont répartis l’espace. Ils sont majestueux isolés ainsi. A proximité, des hommes portent sur leur dos des fagots de brins de riz. Deux bœufs sortent d’un chemin et gagnent la route. Scènes rurales.

Je traverse un village. Deux jeunes femmes balaient des grains de riz étalés sur une plateforme cimentée. A proximité, une troisième jeune femme accroupie tamise le riz avec une corbeille d’osier (2).

Sur ma droite un peu plus loin, une femme piétine une terre boueuse dans un fossé de 5 m par 5 env. Elle s’en va, une jarre à la main, tandis qu’un homme et un enfant jouent sur le talus du fossé. Elle s’en revient peu après, la jarre remplie d’eau, jette l’eau au sol, piétine à nouveau en faisant d’incessants va-et-vient dans le fossé. L’homme joue toujours.

Mohid m’emmène voir l’installation de « poterie » voisine. Il y a là une presse manuelle verticale au bas de laquelle on installe le moule choisi. Il y en a pour les tuiles, d’autres pour les briques. Les moules sont de bois.

Une sphère de pierre repose sur un disque plat, de pierre aussi. On recouvre la sphère de cette terre meuble. On fait tourner le disque. Le « coup de main » de l’artisan, de « l’artisane », et la jarre est ainsi faite. On y adjoint un bourrelet de terre pour refermer l’évasement. On fera cuire l’ensemble pendant 6 heures. Ce sera 5 takas la jarre.

Je poursuis ma route. Je double des rickshaws. J’arrive à leur hauteur, leur lance un « Baloacen ». Quelques mots s’engagent.

« - From Dhaka by rickshaw. »

« - Rickshaw from Dhaka ? ? ? ? ! ! ! !

« - Yes ! Rickshaw from Dhaka. Yes ! Dhaka-Mawa-Bhanga-Madaripur-Barisal-Perojpur-Bagherhat-Khulna-Mongla-Khulna-Satkhira by rickshaw. And agamikal India.

« - Agamikal India ? Oh good good good ! »

« - Yes good ! Bye bye »

« - Ok bye bye »

Je poursuis et les double. Certains me redoublent, m’annoncent alors aux passants et aux rickshaws venant en sens inverse. Il y a ceux qui s’arrêtent quand je m’arrête prendre des photos, qui repartent quand je repars, ceux qui fatigués par ces arrêts incessants finissent par me lancer un « Bye bye » définitif et puis s’en vont. Des vélos et des motos se joignent de temps à autres au « convoi ». C’est un après midi comme un autre…

 

Une femme regarde vers le sommet d’un arbre. Je m’arrête. Elle le scrute, tenant à la main un long bâton de 4 à 5 m. Elle le redresse alors, vertical, le porte dans l’arbre. Le bras tendu vers le ciel, elle se met sur la pointe des pieds, en perpétuel équilibre, semble chercher à accrocher son bâton à une branche choisie. D’un mouvement brusque, elle le tire à elle, arrache de jeunes pousses de l arbre. Les feuilles récoltées sont d’un vert tendre. C’est « for the cow » me dit-elle. Un petit bout de bois accroché à l’extrémité du bâton lui permet d’agripper telle ou telle branche.


Le jour tombe lentement. Une femme sur la gauche de la route longe une briqueterie. Elle conduit trois vaches sur un chemin de terre, les ramène sans doute à la maison. Derrière elle, le soleil couchant flamboie.

Peu après, je m’arrête prendre des images. Les gens bavardent entre eux. Les journaux locaux ont relayé mon voyage.

Les gens savent d’où je viens, où je vais

« From Dkaka to India ha (3) ? »

« Yes, yes, from Dhaka to India by rickshaw ! »

Un teacher est là. Il fait la traduction pour les autres. Un jeune homme veut en savoir toujours plus. Sur le « sens » de ce voyage, de ce que j’en ferai après. Il est curieux, visiblement intéressé, quelque part « interpellé ».

Je reste là quelques minutes à répondre aux questions des uns des autres.

La nuit tombe lentement. Il faut partir. Je rejoins l’axe principal qui conduit à la frontière.

Quelques kilomètres parcourus et je m’arrête à un thé shop. J’y prends un de mes dernier chaï bangla. J’achète un gâteau. Il y a là trois hommes et deux gamins. Eux aussi semble être au courant de l’histoire.

« - To India ha ! »

« - Yes, to India »

« - Benapol, 4 kilometers »

« - Good, 4 kilometers »

Le thé pris, j’installe les feux pour les derniers kms sur les routes bangladeshies…


Jean-Louis

(à suivre)


(1) voir rubrique Billet d’humeur

(2) les grains de riz sont étalés sur des nattes, des plateformes cimentées voire sur les bords de routes pour être séchés au soleil. Une fois séchés, ils sont ensuite ramassés au balai. Un passage au tamis est nécessaire pour enlever poussières et autres impuretés avant stockage.

(3) prononciation du « hein ? » français en bangla

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:31

C’est peut être le bruit qui me réveille ce matin. Les premiers coups de klaxons. Je donne un coup d’œil au réveil. 6h 45. Je m’accorde quelques minutes encore. Lever. Je dégonfle le matelas, commence à ranger mes affaires dans la tente. Un policier sortant de la pièce des « drivers » me propose d’aller boire un thé (1). Avec plaisir. Je repose la sacoche que je tiens à la main, l’accompagne. Nous sortons de la Police Station et allons au premier thé shop à l’angle de la rue. Des hommes emmitouflés lisent leur journal et boivent leur thé. Le policier plonge sa main dans une boite de plastique posée sur un tabouret. Il en retire un petit gâteau sec et me le tend.

« Thank you, thank you »

Il ne parle pas anglais. La conversation est limitée. Le thé pris, nous retournons au commissariat.

Je finis de ranger mes affaires, plie la tente. Un semblant de toilette à la douche en plein air, le chargement de Milou, un remerciement aux policiers, au boss, et je m’en vais.Je grimpe sur le rickshaw. Je m’élance. Je scrute les échoppes, à gauche à droite, à la recherche d’un restaurant. En vain. Je sors de la ville. Le paysage est rural. De petites gargotes ici et là bordent la route. Je m’arrête à l’une d’elle. Des hommes assis sur des bancs trempent des chappattis dans de petites écuelles d’alu remplie de dal. Il n’y a rien d’autre au menu. Je préfère aller voir plus loin.

La route est belle. Elle est bordée alternativement de bananiers et de gros arbres à la ramification évasée. Des bouses sèchent sur leur tronc.

           

Ils enchevêtrent leurs branches et s’accaparent la luminosité de ce matin. Je ne sais les reconnaître. Frustration. Je chercherai ça dans les livres à mon retour.

Sur ma droite une échoppe tenue par une jeune femme. Je m’arrête. Trois hommes prennent leur chaï. Des sacs plastiques remplis de gâteaux secs et des bananes attendent suspendus au dessus du comptoir. Je m’approche, demande une omelette et un chaï, m’assoie sur le banc de bois.

Il n’y a pas d’œufs semble-t-il. Ce n’est pas grave. La jeune femme échange quelques mots avec la petite fille qui joue autour d’elle. Leurs voix sont aigües, « indiennes ». La petite fille s’en va acheter les oeufs. Pendant ce temps, sa maman prépare mon tchai. Des passants s’approchent de moi. Un jeune homme tient à la main une brosse à dent avec du dentifrice.

? ! ? !

Surprise dans ces voyages des us et coutumes des uns des autres.

« - What is your name ? » me lance-t-il

« - My name is Jean Louis. And you ? What is your name ? »

« - Yes ! Yes ! »

? ! ? !

Je sais mon anglais pas très bon…

« - Sorry…What is your name ? »

« - Yes ! Yes ! »

Ok alors. Yes ! Yes ! Simple plaisir peut-être d’avoir pu aborder un étranger et d’avoir prononcé les quelques mots que l’on sait.

Il traverse la route, rejoint les autres personnes affairées autour de Milou. Certains lisent les quelques mots écrits en banglas accrochés au rickshaw. D’autres s’en approchent, les observent. Rien de plus. La caliigraphie bangla est belle. Même pour celui qui ne sait pas lire.

Le déjeuner pris, je repars…



La route est large. De larges platebandes herbeuses, terreuses ou goudronnées arrivent aux pieds des immeubles de béton qui bordent la route. Les immeubles ont un étage ou deux, des toitures terrasses. Leurs façades sont usées, fatiguées peut-être du spectacle qu’elles voient chaque jour à leurs pieds.

Kolkatta est à 15 kms. Le trafic devient intense. Les camions, les bus et les autos y vont de leurs sirènes et de leurs klaxons histoire d’intimider peut-être. Histoire que nous assimilions bien que nous ne sommes rien sur nos rickshaws. La route est bosselée, détériorée. Il en est ainsi depuis des kilomètres. Je ne dirige plus rien. Je ne suis plus que l’exécutant d’une conduite que les trous de la route ordonnent et dirigent. Milou est emporté à gauche, puis à droite, puis encore à gauche, puis encore à droite. Je ne tiens que le guidon, rien de plus, ne peut rien faire d’autre. Je me sens le dernier maillon d’une chaîne dans ce trafic urbain. L’impression de n’être rien, ou plus grand chose. Même le revêtement, du goudron et des cailloux ont raison de moi, ont raison de nous. C’est le lot quotidien des rickshaw wallahs. Le perçoivent-ils ainsi…

Je m’arrête à un thé shop. Deux rickshaw wallahs finissent leurs chaï en fumant une bidim. Ils s’en vont. Je les regarde partir. Leur chargement est gigantesque, démesuré. Une bâche plastique le recouvrant laisse entrevoir des légumes. Ils tendent leur bras droits vers l’arrière, se saisissent du cadre du rickshaw, se courbent, posent leur main gauche sur le guidon et poussent. Et poussent encore. Deux mètres, trois mètres, quatre mètres. Le rickshaw est lancé. Ils posent le pied gauche sur une pédale, lance leur jambe droite vers l’avant, la passe par-dessus le cadre. Le pied droit sur l’autre pédale, ils se redressent alors, droits sur leurs rickshaw, se mettent en danseuse. Ils s’en vont, s’éloignent. Je reviens à ma place, tourne machinalement la tête de l’autre coté de la route. Une personne est couchée au sol sur un plastique en bordure de route. Il semble dormir. Il est 15h30. Il fait soleil. Le trafic est intense.


Le chaï bu, je repars. J’arrive peu à peu sur Calcutta. Les avenues sont larges de trois à quatre voies de circulation, séparées par un terre plein central étroit. Des hommes s’affairent à restaurer les bordures de béton de celui-ci. Les véhicules les frôlent. Un peu plus loin, d’autres peignent au pinceau ces mêmes bordures de carrés blancs et noirs. Tout cela m’apparaît bien futile au regard de tout ce que je vois autour de moi ces heures dernières.

Les gens m’observent de loin. Il n y a pas de tels rickshaw ici. Ils sont moins colorés à cause d’une réglementation en vigueur semble-t-il. Beaucoup de passants me font signe, lèvent leur pouce en signe d’encouragement.

Des feux rouges et des policiers tentent au mieux de régler la circulation. Sur le trottoir, à ma gauche, un homme d’une trentaine d’années, une bouteille à ses pieds, est assis sur un plastique, les jambes allongées, tendues, le buste droit. Il a les cheveux bouclés, noirs, la chevelure ébouriffée, la peau burinée. Il regarde je ne sais quoi, je ne sais où. Quelques centaines de mètres plus loin, un sac de jute recouvre entièrement une silhouette. Une paire de sandales plastique à proximité témoigne que la silhouette est humaine. La personne dort sans doute.


Plus loin, les immeubles cèdent leur place à des no man’s land. Des papiers, des plastiques, des déchargent s’en emparent. Des chiens fantomatiques, des cochons sur lesquels parfois des corbeaux se sont posés vont et viennent dans ces décharges à l’air libre.

Un peu plus loin, la végétation a résisté à l’assaut des papiers et d'autres déchets. L’ avenue longe un parc arboré bordé à l’arrière par un plan d’eau. Une Ambassador et un camion le nez dans l’eau y ont fini leurs jours semble-t-il. Une statue brisée d’une divinitée hindou que je ne sais reconnaître semble implorer un arbre du parc.

             

Je poursuis ma route. La nuit tombe. Au pied d’un autopont et d’une mosquée sur ma droite, un marché aux vaches bat son plein. Peu après, un cheval blanc monté par deux jeunes personnes et précédé par des musiciens traverse la rue. Les voitures stoppent, laissent passer le cortège. La procession ressemble à celle d’un mariage. Je ne sais.

Je poursuis, arrive près du centre ville. J’entends derrière moi des sabots. L’un des cavaliers de la cérémonie sans doute s’en va à travers les rues en galopant. Qu’a-t-il oublié ? Où va-t-il ? Qu’est-ce ? Une de ces questions dont l’Inde a le secret…

J’arrive à proximité du quartier de Chowringhee. Je m’arrête ranger mes bagages, me gare sur le coté. Sitôt Milou garé, un jeune enfant m’aborde dans un anglais parfait, me pose mille questions sur mon voyage. Il veut « tout savoir », d’où je viens, par où je suis passé, où je vais, ce que je veux «faire » avec ce voyage…

Je poursuis ma route, vois pour la première fois des rickshaw pulla. Impression « dérangeante » que de voir ces hommes tirer leur rickshaw. Les roues sont de bois recouvertes de caoutchouc semble-t-il. Ils portent à la main des grelots pour signaler de leur présence. Certains courent. Est-ce leurs clients qui sont pressés ? Certains ont des sandales aux pieds, d’autres vont pieds nus.

Autre monde quand même…


Jean-Louis

(à suivre)


(1) Ne trouvant d’hôtel à Habra, je me suis orienté vers la Police Station qui a accepté que je campe dans leur « enceinte ».

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 23:29

Il est 9 heures. Je déjeune d’un porridge. Le patron du restaurant s’approche de ma table. Il tient à la main des petites guirlandes de fleurs orangées. Il ouvre la porte du placard qui me fait face. A l’intérieur, des images de divinités que je ne reconnais pas. A coté, un petit récipient d’alu est rempli d’eau. Il a les dimensions d’un petit bol. Il le sort, verse l’eau sur les guirlandes de fleurs.

Il se recule de quelques pas, regarde vers le haut sur le coté du placard. Il y a là accrochée en hauteur une petite boite orange. A l’intérieur, une statuette. Il me semble reconnaître Gannesh. Au dessus, deux gravures de divinités sont encadrées et accrochées au mur. Une troisième gravure est collée au mur. Des guirlandes de fleurs orangées flétries reposent sur le cadre des gravures et sur la statuette.

Le patron dépose les guirlandes flétries et les remplace par les guirlandes neuves.

Il se dirige à nouveau vers le placard, ouvre la porte. Sur la gauche, à l’intérieur, une boite d’encens. Il en retire quelques bâtonnets. Il les allume, les prends dans ses mains, jointes. Il se recule, se place face à la statuette, la fixe du regard, et fait virevolter dans un mouvement circulaire les bâtonnets d’encens.

Il se déplace de quelques pas, jusqu’à l’une des entrées de son restaurant, se tourne. Il fait virevolter à nouveau ses bâtonnets d’encens les yeux fixés vers le petit temple de l’autre coté de la rue. Il se déplace vers la seconde entrée, réitère le même cérémonial.

Dans la rue, un homme  dévie de son chemin. Il s’approche du petit temple, joint ses mains à hauteur de son visage, fait sonner la cloche suspendue à la toiture du temple, se prosterne, touche avec le front l’assise carrelée du temple située à une cinquantaine de cms du sol, et repart…

 

Le patron se dirige vers son comptoir. Accrochée au mur derrière celui-ci, trois effigies encadrées. Une guirlande de fleurs est accrochée à l’un des cadres. Il la remplace par une guirlande nouvelle sur laquelle, au préalable, il a versé de l’eau. Il prend à nouveau des bâtonnets d’encens, les allume, les fait virevolter dans ce même mouvement circulaire, les yeux tournés vers l’effigie.

Il y a aussi, accrochée au mur, une horloge. A l’intérieur, le portrait d’un homme. Est-ce un « Sage » ?

Un « Sage » qui me dirait à quoi correspond tout ça…

 

Jean-Louis

(à suivre)

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